Le toit de cette maison sera reconstsruit grâce aux aides de la Fondation de France. (photo David LEMOR)
Axelle Davezac, directrice générale de la Fondation de France, détaille auprès de «Libé» les conditions d’attribution des 44 millions de dons reçus – une somme «record» – pour aider à la reconstruction du département après la catastrophe.
Libération du 10 décembre 2024
De notre envoyé spécial Laurent DECLOITRE
Axelle Davezac, directrice générale de la Fondation de France, était à Mayotte la semaine dernière pour superviser la distribution d’une partie des 44 millions d’euros versés par les Français aux sinistrés du cyclone Chido. Elle détaille auprès de Libération les critères de sélection des projets et les modalités de versements de cette aide, qu’elle qualifie de «record».
Vous deviez être attendue comme le père Noël…
Tout d’abord, je voudrais indiquer que c’est une somme record, jamais reçue par la Fondation de France. Pour le cyclone Irma, en 2017 aux Antilles, nous avions collecté 15 millions. Seule la crise Covid a concerné une somme comparable – 41 millions – mais sur une durée bien plus longue. Cela étant, notre fonction n’est pas de distribuer à tout va cet argent. Nous avons dit plus souvent non que oui aux demandes formulées par les Mahorais. A ce jour, nous avons validé et allons aider 260 initiatives après avoir prononcé 300 refus ; plus de 200 sont encore en instruction.
Pour quelles raisons ?
La distribution de dons provoque toujours des effets d’aubaine et d’opportunité. Mais nous veillons au sérieux des associations et ONG qui nous sollicitent. Elles doivent nous présenter un rapport d’activité de l’année précédente, même si ce document n’est pas toujours très fiable. Le principal critère, c’est l’analyse réputationnelle à laquelle on procède, notamment auprès des services de l’Etat et des collectivités. Ensuite, les projets doivent contribuer à la reconstruction durable du territoire. Nous ne faisons pas dans l’humanitaire d’urgence, même si, dans les premières semaines qui ont suivi le cyclone, nous avons aidé à la distribution alimentaire. Il le fallait bien, les gens avaient faim et soif ! Lorsque nous intervenons, nous restons environ cinq ans sur place pour accompagner les projets jusqu’à leur entière réalisation et leur éventuelle pérennisation.
Les élus mahorais avaient manifesté leur colère de n’être pas destinataires d’au moins une partie de cette manne, arguant qu’ils étaient les meilleurs connaisseurs de leur territoire…
Ils ignoraient nos critères et nos statuts. C’est simple, nous ne pouvons verser le fruit de la générosité des citoyens qu’à des associations et ONG, en aucun cas à des collectivités. Nous intervenons aux côtés de l’action publique, avec qui, d’ailleurs, nous partageons une belle synergie à Mayotte. Tout le monde se mouille pour que ça bouge.
Un an après Chido, combien d‘argent avez-vous déjà versé ?
Nous avons déjà validé pour environ 20 millions d’euros d’aides, auprès d’environ 250 acteurs locaux, pour des montants allant de 5 000 euros, pour un club sportif par exemple, à 1,5 million d’euros pour des projets de reconstruction du bâti. Les trois quarts de ces sommes sont déjà sur le territoire mahorais, ce qui va contribuer au redémarrage de l’activité et recréer de la vie.
Ce n’est même pas la moitié de la somme totale, alors que les habitants crient leur désespoir… A quoi est dû ce retard ?
Un projet de reconstruction met un an et demi en général à aboutir. Nous intervenons dans divers pays du monde et il nous faut en moyenne trois ans pour distribuer 80 % des dons. Il n’y a pas de retard spécifique à Mayotte.

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