Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
L'actu vue par Laurent DECLOITRE

L'actu vue par Laurent DECLOITRE

Les articles de Laurent Decloitre (journaliste et biographe) sur la Réunion et l'océan Indien parus dans Libération, Marianne, Paris Match, l'Express, Géo et la presse nationale.

Publié le par Laurent DECLOITRE
Publié dans : #Articles parus dans Libération
Le piton de la Fournaise, sur l'île de la Réunion, lors de sa dernière période d'éruption, en juillet 2023. (Richard Bouhet/AFP)

Le piton de la Fournaise, sur l'île de la Réunion, lors de sa dernière période d'éruption, en juillet 2023. (Richard Bouhet/AFP)

Depuis deux ans, le piton de la Fournaise, l’un des plus actifs au monde, est entré en phase de sommeil, ce qui permet aux visiteurs de se rendre au plus près de son cratère. De nombreux guides aimeraient aussi pouvoir le faire en période éruptive.

Libération du 21 août 2025
De notre correspondant à La Réunion, Laurent DECLOITRE

Surprenant à première vue… Renaud Goislard, accompagnateur et secrétaire du Bureau Montagne Réunion Trek, dont le piton de la Fournaise est le «cœur d’activité», n’est pas affecté plus que cela par le silence du volcan réunionnais. Depuis deux ans et le 10 août 2023, date des derniers geysers incandescents, la Fournaise s’est assoupie, ce qui désole les touristes mais permet aux professionnels réunionnais de travailler… plus sereinement. Car lorsque les fontaines de lave jaillissent, il n’est pas possible de descendre dans l’enclos, cette vaste cuvette en forme de U où ont lieu la quasi-totalité des éruptions. La préfecture en interdit l’accès depuis 2003, date à laquelle un jeune homme était tombé dans un trou, alors qu’une éruption était en cours, et est mort carbonisé.

La période actuelle de sommeil, qui a conduit le préfet à lever la phase de «vigilance» en juin, permet donc à Renaud Goislard d’emmener «deux fois par semaine en moyenne des touristes sur la zone, hors sentier et hors couverture téléphonique». Soit six heures de randonnée sur les dalles de lave lisse ou sur les gratons rugueux, à découvrir un paysage lunaire rouge et noir. Hors éruption, les particuliers peuvent également s’aventurer, sans être accompagnés, sur les lieux : en 2024, plus de 350 000 visiteurs se sont rendus sur le massif, sachant qu’une bonne partie s’est contentée du point de vue du pas de Bellecombe, qui ne nécessite pas de marche.

Interdiction «stupide et illogique»

De leur côté, quand les cratères reprendront leur activité, la plupart des professionnels aimeraient pouvoir conduire les curieux au plus près ; et beaucoup regrettent l’interdiction des pouvoirs publics, qu’ils considèrent comme «stupide et illogique». «Je suis mal avec ces interdictions d’accès à la nature, qui devrait appartenir à tout le monde», se désole ainsi Benoit Lincy. Le guide de Volkaventure ne peut répondre aux sollicitations des touristes l’appelant de métropole ou de l’étranger lors des éruptions. En 2017, guides et accompagnateurs s’étaient regroupés au sein de l’association Sécurité volcan, pour inciter les autorités à davantage de souplesse. Plus d’une quarantaine d’entre eux avait été formée aux risques volcaniques et un projet de randonnées encadrées, et payantes, avec masque à gaz, avait été envisagé. Avant de tomber aux oubliettes. Thierry Chambry, accompagnateur de montagne à Austral Altitude, avait participé à la formation. Le professionnel milite aujourd’hui encore pour avoir le droit d’emmener les touristes «au plus près des éruptions, en toute sécurité».

De son côté, la préfecture indique que de nouvelles réflexions ont été menées en 2023 dans le cadre d’un projet «Trek encadré». Mais faute d’éruption depuis cette date, «aucune expérimentation n’a pu être menée permettant d’évaluer la faisabilité» du projet. Au grand regret de Colas Fragne. Ce trentenaire, qui a passé son enfance à La Réunion, est fasciné par «la puissance de la nature, à l’état brut et violent». Vivant désormais en Grande-Bretagne, le cadre du groupe pharmaceutique Sanofi n’hésite pas à prendre l’avion en cas d’éruption quelque part sur la planète. Il s’est ainsi rendu trois fois en Islande, où les pouvoirs publics ont bien compris l’intérêt touristique de leurs volcans. «Là-bas, quand il y a une éruption, ils créent rapidement des sentiers, construisent des belvédères, autorisent des navettes. Pas comme à La Réunion !» constate le baroudeur.

Moment «indescriptible»

Sur l’île de l’océan Indien, l’observation du magma rouge a lieu depuis le ciel ou des points de vue assez éloignés. Salomé Piechota a eu cette chance et a pu admirer la dernière éruption en date, en 2023. Un moment «indescriptible» selon la jeune Française installée au Québec, qui a survolé en hélicoptère la coulée de lave et l’a ensuite contemplée depuis la route. «Ce fut, avec l’observation des baleines, le top de mon séjour», se souvient-elle.

Cela étant, même au repos, la Fournaise et son massif minéral valent le détour. Daniel Peigne et sa famille ont grimpé le week-end dernier au sommet du cratère principal, le Dolomieu, à 2 632 mètres d’altitude. «C’était grandiose ; même endormi, c’est un sacré géant», s’extasie l’ingénieur télécom des Côtes-d’Armor. Combien de temps les touristes et randonneurs devront-ils se «contenter» de cette accalmie ? Philippe Kowalski, directeur adjoint de l’observatoire volcanologique du piton de la Fournaise, ne peut donner de réponse. «A la plaine des Cafres [au centre de l’île, où émergent de nombreux autres cratères au repos], les phases de sommeil durent plusieurs milliers d’années…» Le piton de la Fournaise a d’ailleurs lui aussi connu des moments d’inertie, toutefois bien plus courts : de 2010 à 2014 et de 1992 à 1998, période suivie… d’une gigantesque éruption.

Commenter cet article

Hébergé par Overblog