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L'actu vue par Laurent DECLOITRE

L'actu vue par Laurent DECLOITRE

Les articles de Laurent Decloitre (journaliste et biographe) sur la Réunion et l'océan Indien parus dans Libération, Marianne, Paris Match, l'Express, Géo et la presse nationale.

Publié le par Laurent DECLOITRE
Publié dans : #Articles parus dans Libération
Huguette Bello enlève la Région à la droite. (R.Bouhet, AFP)

Huguette Bello enlève la Région à la droite. (R.Bouhet, AFP)

Une ancienne communiste, Huguette Bello, l’a emporté dimanche contre le président sortant divers droite Didier Robert.

Libération du 28 juin 2021, de notre correspondant Laurent DECLOITRE

Une « fanm batay » (une combattante, en créole) au sourire rare et au franc parler : après cinquante ans de carrière politique, Huguette Bello, divers-gauche, a pris une double revanche en gravissant, dimanche, les marches de la « pyramide inversée » du conseil régional de La Réunion. L’ancienne institutrice de bientôt 71 ans l’emporte avec 51,85% des voix contre 48,15% pour Didier Robert. Le président divers droite, contre lequel elle s’était inclinée en 2015, se présentait pour un troisième mandat. Double, car l’ancienne cacique du parti communiste réunionnais (PCR) va s’installer dans le siège qu’occupait, jusqu’en 2010, Paul Vergès, leader historique du PCR, décédé en 2016. Or en 2010, son mentor lui avait préféré, à la seconde place sur sa liste aux régionales, une « zorey » (métropolitaine), immunologue issue de la société civile. Nouvel affront aux législatives de 2012 : le PCR exigea qu’elle laisse sa place dans la deuxième circonscription. Huguette Bello, qui l’avait arrachée à la droite en 1997, devenant la première femme député de La Réunion, refusa et l’emporta haut la main contre un de ses anciens camarades. « Ils pensaient que j’avais du sang de tortue ?! », s’interroge-t-elle, véhémente comme souvent dans son expression. « Tuant le père », elle crée son propre mouvement, le PLR, après son exclusion du Parti. 
Depuis la roue a tourné, le PCR, relégué aux oubliettes des différents scrutins, l’a soutenue, comme les écologistes d’EELV et la France insoumise. Au premier tour, Huguette Bello est arrivée en tête des listes de gauche, devançant Ericka Bareigts, maire socialiste de Saint-Denis et ancienne ministre de François Hollande et Patrick Lebreton, ancien député PS et maire de Saint-Joseph. L’union du second tour a cette fois payé, contrairement au « mangé cochon » (mariage de la carpe et du lapin, en créole) de 2015.
Dimanche soir, Huguette Bello a célébré sa victoire en invoquant devant ses militants un ancien esclave qui s’était enfui au 18ème siècle dans les montagnes de La Réunion : « Comme Cimendef, on ne courbe pas la tête ! La Réunion est une terre d’insoumission, on ne gagne ses libertés qu’en résistant ! » La future présidente du conseil régional parle de « rupture », du « choix de l’intérêt général au profit des gens ordinaires », mettant l’accent sur « la probité et l’éthique ». Une référence à la condamnation, en mai, de son adversaire à 15 mois de prison avec sursis et 3 ans d’inéligibilité pour prise illégale d’intérêts et abus de bien social, peine dont Didier Robert a fait appel.
Celle qui fut de toutes les luttes à la tête de l’Union des femmes réunionnaises a reçu les félicitations de Jean-Luc Mélenchon, qu’elle avait soutenu aux dernières présidentielles, d’Olivier Faure, premier secrétaire du PS, et de Fabien Roussel, secrétaire national du parti communiste. C’est qu’Huguette Bello est la seule à avoir fait basculer une région à gauche. « Ma victoire a un retentissement national, c’est un encouragement pour les forces de progrès », analyse-t-elle. Mais c’est sur son « pays » qu’elle va désormais focaliser ses efforts. En premier lieu, le pouvoir d’achat des Réunionnais : « Il est insupportable que 40% de la population vive en-dessous du seuil de pauvreté ». Mais ses marges de manœuvre s’avèrent étroites : selon elle, la collectivité est plombée par 1,3 milliards d’euros de dettes, dues en grande partie au chantier pharaonique, et inachevé, d’une route érigée sur la mer.


 

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