L’Insee doit publier début juillet les résultats du recensement, sensible, du département d’outre-mer. Selon nos informations, la population s’élèverait à moins de 350 000 habitants, bien en deçà des estimations de certains élus locaux, qui comptent sur ce chiffre pour obtenir davantage d’aides de l’Etat.
Libération du 27 juin 2026
De notre correspondant Laurent DECLOITRE
C’est avec fébrilité que les 17 maires de Mayotte attendent la conférence de presse de l’Insee, qui doit se tenir le 7 juillet sur l’île au lagon. Ce jour-là, l’Institut national de la statistique publiera les résultats du dernier recensement du département d’outre-mer, dont la collecte «exhaustive» s’est achevée en janvier. Selon nos informations, la population resterait sous les 350 000 habitants, contre 329 000 au 1er janvier 2025. Un résultat que l’Insee ne souhaite pas divulguer aujourd’hui mais dont nos sources garantissent la fiabilité. «Nous sommes sûrs de ce chiffre», confie ainsi un des acteurs de cette opération de comptage hautement sensible.
Sensible, car les élus locaux accusent depuis des années l’organisme de sous-estimer le nombre d’habitants. A Mayotte, près de la moitié de la population est d’origine étrangère, principalement comorienne, dont une très grande partie d’immigrés clandestins. Ces derniers vivent dans des bangas, cahutes de tôle et de planches, dans d’immenses bidonvilles. Selon les détracteurs de l’Insee, d’une part, les recenseurs n’oseraient pas se rendre dans ces zones ; d’autre part, les sans-papiers fuiraient à leur approche. Dans les deux cas, ils ne seraient pas comptabilisés. Or le nombre d’habitants a une incidence directe sur le financement des collectivités. Leur dotation globale de fonctionnement, versée par l’Etat, en dépend en grande partie, qui permet de construire ici un gymnase, rénover là une école, tracer une nouvelle route…
Au lendemain du cyclone Chido, en décembre 2024, qui avait dévasté l’île, le Premier ministre de l’époque, François Bayrou, avait promis l’organisation d’un «recensement général et précis de la population», une «opération vérité» pour «sortir de l’ambiguïté». Le ministre de l’Outre-Mer, Manuel Valls, avait enfourché le même credo démagogique, en reprenant les affirmations des élus locaux : «On n’est pas loin des 500 000 habitants», alors que l’Insee en dénombrait 320 000.
Bangas et camps de fortune pris en compte
En novembre 2025, 700 agents communaux, appuyés par les démographes, ont donc à nouveau frappé à la porte des Mahorais. Ils sont parvenus, écrit Bertrand Kauffmann, chef de projet à l’Insee, à recenser 97 % des habitations, «y compris les logements informels, type bangas». Les camps de fortune où s’entassent dans des conditions indignes des migrants africains ont également été pris en compte. Celui de Tsoundzou, dans la banlieue de Mamoudzou, abriterait ainsi «près de 900 personnes», et non pas 1 500 comme nous l’affirme le maire du chef-lieu, Ambdilwahedou Soumaïla, rappelant que les migrants «arrivent tous les jours».
Finalement, les recenseurs ont collecté 299 600 bulletins individuels, que les communes ont signés une première fois, avant saisie, analyse et corrections éventuelles de l’Insee. Ce sont ces documents, actualisés, qui ont été ensuite retournés aux communes. Ces dernières avaient jusqu’au 20 juin pour les commenter, les approuver ou les contester. De fait, seules cinq villes sur dix-sept ont répondu ; le silence des autres vaut-il accord tacite ? «Les élus auront du mal à remettre en question nos résultats», estime-t-on à l’Insee, où l’on se prévaut d’avoir engagé «un travail de pédagogie» envers les maires, rencontrés ces dernières semaines. Les experts se targuent notamment du taux de 3 % de non-réponse, chiffre inférieur à celui de la métropole : «Si, dans un logement, personne ne répond à nos enquêteurs, on demande aux voisins. S’ils ne savent pas, on impute un certain pourcentage d’habitants», de façon à ne pas sous-estimer la population.
Le 7 juillet, le chiffre annoncé sera provisoire et ne comprendra pas «la population comptée à part», notamment les étudiants mahorais suivant leurs études à La Réunion ou en métropole. «Mais cela aura une incidence maximale de 1 %» sur les quelque 350 000 habitants recensés entre 2025 et 2026. Le résultat, conforme à la croissance démographique estimée à 3 % ces dernières années, sera authentifié à la fin de l’année 2026. Si toutes les communes verront leur population augmenter officiellement par rapport au recensement de 2017, les courbes seraient «contrastées» : Mamoudzou passerait ainsi de 83 000 à environ 90 000, alors que son maire tablait sur 100 000 habitants.

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