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L'actu vue par Laurent DECLOITRE

L'actu vue par Laurent DECLOITRE

Les articles de Laurent Decloitre sur la Réunion et l'océan Indien parus dans Libération, l'Express et la presse nationale.

Publié le par Laurent DECLOITRE
Publié dans : #Articles parus dans Libération

La corruption des journalistes est une pratique courante dans la Grande Ile.

 

Libération, mardi 16 octobre 2012

 

Vlan ! À chaque conférence de presse, rencontre avec un chef d’entreprise ou un élu, les quelque 800 confrères de Madagascar reçoivent une calotte. La felaka (gifle en malgache) est une pratique généralisée dans cette île de l’océan Indien ; elle consiste en une enveloppe de 10 à 15 000 Ariary (4 à 5€) remise aux journalistes, officiellement pour rembourser leurs frais de déplacement. « Mais il ne faut pas se leurrer, on cherche à nous acheter, à influencer le contenu de notre article », confesse un reporter de Midi Madagascar, le premier quotidien francophone du pays (20 000 exemplaires). L’Express, le principal concurrent, a beau avoir édicté son propre code de déontologie, un journaliste admet lui-aussi toucher des enveloppes : « On reste libre d’écrire ce qu’on veut, mais dans la pratique, on se  sent redevable. »

Les patrons de presse, conscients que la faiblesse des revenus est la principale raison de cette corruption (le salaire moyen s’élève à 400 000 Ar, soit 150€), tentent d’en relativiser les conséquences. « Les felakas n’ont aucune incidence sur le fond, affirme Gérard Rakotonirina, directeur de la publication de Basy Vava, un tabloïd en langue malgache. Mes employés ne tiennent pas à salir leur réputation. » Look de baroudeur fatigué, Olivier Rasamizatovo, directeur de la rédaction de Midi Madagascar, relativise  lui aussi : « 10 000 Ar, ce n’est pas très grave, on ne peut acheter un article avec une si petite somme. »

Mais les liasses peuvent être plus épaisses. Reporters sans frontière rapporte qu’en 2010, une entreprise de télécommunications avait lâché 500 000 Ar à chacun des professionnels venus couvrir son actualité ! Un journaliste de la Gazette de la Grande Ile rappelle par ailleurs que les felakas sont parfois distribuées après publication, « pour remercier l’auteur »… Sans oublier « les brebis galeuses » : les uns refusent d’écrire un article si leur interlocuteur ne prévoit pas d’enveloppe, les autres rechignent à couvrir les faits divers ou à réaliser des reportages auprès de simples villageois, faute de rétribution. D’où, dans la presse malgache, des articles très institutionnels et débutant souvent par la liste des organisateurs de l’évènement…

Envoyé spécial à Antananarivo, Laurent DECLOITRE

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