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L'actu vue par Laurent DECLOITRE

L'actu vue par Laurent DECLOITRE

Les articles de Laurent Decloitre (journaliste et biographe) sur la Réunion et l'océan Indien parus dans Libération, l'Express et la presse nationale.

Publié le par Laurent DECLOITRE
Publié dans : #Articles parus dans Libération

Dégoût et braises à la Réunion

Récit. Alors que l’incendie qui ravage le parc national semble enfin stabilisé, les scientifiques s’alarment de ses conséquences et des voix dénoncent la lenteur des secours venus de métropole.

Par Laurent Decloitre Correspondant à La Réunion

Libération du 5 novembre 2011

 

maido.stabilise.jpegLes flammes de six mètres de hauteur qui enjambaient les lits asséchés des cours d’eau et les pistes forestières du massif du Maïdo, léchaient les falaises tombant dans les cirques de Mafate et Cilaos, embrasaient les tamarins des Hauts, acacias uniques au monde, menaçaient les fermes et leurs habitants..., les flammes ont enfin succombé. Hier soir, le gigantesque incendie qui ravage l’ouest de la Réunion depuis onze jours était «contenu» et «stabilisé», selon la préfecture. Pas éteint, mais sous contrôle.

 Reprises. Des 2 834 hectares ravagés du parc national de la Réunion s’élèvent désormais des fumées grises, saturant l’atmosphère de poussières fines. L’Agence régionale de santé a d’ailleurs recommandé aux «personnes sensibles» d’éviter «toute activité sportive» à proximité de la zone. Pour autant, un millier de combattants du feu, de la Réunion ou venus de métropole, se démènent toujours à 2 000 m d’altitude pour éteindre les reprises. Pour empêcher, surtout, l’incendie de se propager sous la voune, cet humus épais et sec. Car la saison des pluies n’a pas encore débuté. «C’est incroyable, soufflent Julien et Michaël, de l’unité d’intervention de la sécurité civile de Brignoles (Var), casques jaunes sur les visages ruisselants de sueur. Le feu progresse par les failles volcaniques ou dans le sous-sol et ça reprend trente mètres derrière nous !»

Depuis mardi, 52 de leurs collègues ont été légèrement blessés.

Les sapeurs ont enfin reçu, jeudi, le renfort de deux Dash 8, des avions bombardiers d’eau stationnés à Marignane (Bouches-du-Rhône), capables de déverser dix tonnes de liquide à chaque rotation. Jusqu’alors, une demi-douzaine d’hélicoptères effectuaient, avec une virtuosité impressionnante, des frappes chirurgicales… et limitées : seulement 600 litres par lâcher. Les Réunionnais et les élus de gauche de l’île réclamaient les Dash depuis le début du sinistre ; la Sécurité civile estimait, au contraire, que le combat se gagnerait «au sol». Claude Guéant, le ministre de l’Intérieur, a finalement cédé à la pression en décidant, lundi, l’envoi des deux avions.

«C’est criminel d’avoir laissé notre patrimoine être détruit comme ça», déplore Huguette Bello, députée-maire (Parti communiste réunionnais) de Saint-Paul, la commune la plus touchée par l’incendie. Vendredi, la parlementaire a refusé de déjeuner et de partager le «cari» avec Marie-Luce Penchard, venue «apporter son soutien»… La ministre chargée de l’Outre-mer a promis 3 millions d’euros pour la réhabilitation et la surveillance du massif et l’achat de cinq camions-citernes. Les braises rougeoient encore que Didier Robert, le président (UMP) de la région, a lui aussi annoncé une aide substantielle de 12,5 millions d’euros. L’enveloppe permettra de tracer des pistes d’accès, de creuser des retenues collinaires, qui ont cruellement fait défaut lorsque les secours devaient se réalimenter en eau. Vingt éco-gardes et 400 emplois verts seront recrutés pour seconder à l’avenir les agents du parc national et ceux de l’Office national des forêts. Trop tard, regrettent les défenseurs de l’environnement.

«Pestes». Hier matin, le responsable du service études et patrimoine au Parc national de la Réunion a foulé le sol calciné et rocailleux du Piton des orangers, où vivait le lézard vert des Hauts, une espèce endémique. «Soit les individus ont péri, soit ils n’ont plus rien à manger !» conclut Benoît Lequette, qui parle de «catastrophe». Un peu plus haut, en revanche, le feu a épargné le massif, des lézards ont dû survivre. D’autres espèces rares et menacées, notamment des araignées ou des papillons nocturnes, ont également été la proie des flammes, sans qu’on sache s’ils en ont réchappé. «On ne peut encore mener des reconnaissances, c’est trop dangereux», s’impatiente le spécialiste. Le travail de fourmi du conservatoire botanique des Mascareignes lui donne toutefois de précieuses indications. «On avait répertorié l’ensemble de la flore de l’altimontain avant l’incendie, détaille Luc Gigord, le directeur scientifique. On sait précisément où vivaient les différentes espèces indigènes.» Et d’évoquer la zone d’habitat d’une campanule endémique, dont les fleurs mauves et blanches ont été carbonisées. Benoît Lequette commente, effondré : «C’était la plus grosse station de l’île et elle ne comportait que 80 individus. Alors oui, il en reste ailleurs, mais en si faible quantité que l’espèce est vraiment menacée aujourd’hui.»

Une fois l’incendie éteint, le parc national et l’ONF devront faire face à une double urgence : lutter contre l’érosion, empêcher les plantes exotiques de repousser à la place des espèces endémiques. Moins spectaculaires que les flammes, ces «pestes végétales» causent davantage de dégâts sur l’île de la Réunion que les feux de forêt.

 

Repères

Des espèces qui aiment le feu

S’il n’avait pas pris cette ampleur, l’incendie du Maïdo aurait pu avoir des effets….bénéfiques. Le tamarin des hauts est en effet une espèce pyrophile : le feu le stimule ! « Après les incendies, on a constaté des milliers de germination, alors qu’en temps normal, il n’y en a quasiment aucune », confirme Luc Gigord, du Conservatoire botanique des Mascareignes.

 Des pyromanes un peu partout

Depuis le 25 octobre, 49 incendies d’origine volontaire se sont déclenchés sur l’île. La préfecture indique que 20 des auteurs ont pu être identifiés : 12 des ces contrevenants ont été verbalisés pour écobuage, 5 ont été reconnus passibles de délit et convoqués en justice. Un individu a été incarcéré en attente de jugement et 2 atteints de troubles mentaux ont fait l’objet d’une obligation de soins. Mais le pyromane qui a allumé le feu du Maïdo court toujours…

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