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L'actu vue par Laurent DECLOITRE

L'actu vue par Laurent DECLOITRE

Les articles de Laurent Decloitre (journaliste et biographe) sur la Réunion et l'océan Indien parus dans Libération, Marianne, Paris Match, l'Express, Géo et la presse nationale.

Publié le par Laurent DECLOITRE
Publié dans : #Articles parus dans Libération
Barrage à Four-à-Chaux, sur Petite-Terre, à Mayotte. (photo LD)

Barrage à Four-à-Chaux, sur Petite-Terre, à Mayotte. (photo LD)

Élection législative partielle sous tension à Mayotte : la candidate sortante arrive en tête du premier tour

LIBÉRATION du 18 mars 2017, de notre correspondant Laurent DECLOITRE

Même Eliakim s’y est mis : la tempête tropicale qui arrose l’océan Indien depuis plusieurs jours a provoqué hier dimanche des éboulements de terrain à Mayotte et douché l’ardeur des rares habitants qui souhaitaient voter pour l’élection législative partielle. Le taux d’abstention a battu des records dans la première circonscription du département d’outre-mer : moins d’un tiers des 38 000 électeurs inscrits s’est déplacé, les autres renonçant en raison des barrages dressés par les militants du Collectif des citoyens et l’intersyndicale, qui protestent depuis un mois contre l’insécurité et l’immigration clandestine. C’est le cas de Zéna Madi M’chindra, une habitante de Mtsamboro, au Nord-Ouest de l’île. « À ce jour, dieu merci, je n’ai jamais été attaquée. Mais je ne suis pas allée voter, sinon ce sera mon tour ! » La mère de deux filles a peur des « représailles des clandos », poursuivis la veille par les habitants de trois villages avoisinants pour avoir, assure Zéna, « kidnappé un employé de la poste »… Des immigrés clandestins en provenance des Comores, accusés de tous les maux par les Mahorais. Dans « l’île aux parfums », les rumeurs alimentent la psychose de la population aussi sûrement que les nombreux cambriolages et vols à l’arraché, bien réels eux.
Sanyati M’chindra est bien placé pour le savoir. Le chauffeur-livreur s’est fait agresser à Kawéni, la banlieue de Mamoudzou, le chef-lieu du département. « Trois jeunes ont voulu me poignarder quand je les ai surpris sur mon camion, raconte-t-il. J’ai pris mes jambes à mon cou ! » Lui est allé voter, hier matin, mais n’attend « rien » des élections. Comme Zéna, il habite Mtsamboro, au large duquel un îlot est devenu le point d’arrivée des boat-people comoriens. Les passeurs des kwassas-kwassas, ces barques motorisées qui traversent les 70 km de mer entre Anjouan, une des trois îles des Comores, et Mayotte, y déversent leur cargaison humaine au su et vu de tous. « Plusieurs fois par mois, on voit débarquer les clandestins et des voitures qui les attendent. Etrangement, seuls les gendarmes ne les voient pas ! », dénonce Sanyati.
C’est dans ce contexte tendu que la préfecture a annoncé dimanche avoir « éloigné du territoire » 192
personnes en situation irrégulière en 48h. Les forces de l’ordre ont en effet multiplié ces derniers jours les opérations de contrôle, histoire d’illustrer la volonté du gouvernement de répondre aux revendications sécuritaires des Mahorais. Chaque année, environ 20 000 clandestins sont expulsés de Mayotte !
Frédéric Veau, le préfet, a par ailleurs réussi son pari de maintenir coûte que coûte les élections, qui semblaient bien compromises. Le Collectif des citoyens et l’intersyndicale appelaient au boycott et une bonne partie des maires de l’île demandait l’annulation du scrutin « pour des raisons de sécurité » et la crainte des recours. Hier, les gendarmes ont dû briser des cadenas posés clandestinement dans six bureaux de vote et courir après des voleurs d’urnes… Mais à Mamoudzou, le scrutin s’est déroulé normalement, le maire s’étant désolidarisé de ses pairs. Justification de Bacar Ali Boto, premier adjoint et candidat sans étiquette à la députation : « La ministre des Outre-mer, Annick Girardin a fait des propositions, il fallait suspendre le mouvement un mois, le temps qu’elle tienne ses engagements ». Pour autant, l’adhérent de La République en marche (LREM), « chevénementiste et homme de gauche » assumé, accuse l’État d’être responsable de la situation : « L’État ne surveille pas nos frontières et laisse entrer les immigrés. Ces derniers vivent chez nous dans des conditions inhumaines. Pour boire et manger, ils sont contraints de se transformer en voleurs et violeurs. L’État devrait les prendre en charge ».
Un discours social qui détonne dans le concert sécuritaire qui a rythmé la campagne électorale. Le scrutin fait suite à l’annulation des élections législatives de juin 2017 par le Conseil constitutionnel : Ramlati Ali, ancienne socialiste qui se présentait sous l’étiquette LREM,  avait été élue avec seulement 12 voix d’avance sur son adversaire des Républicains, Élad Chakrina.  Mise en examen pour complicité de fraude électorale, la praticienne hospitalière a déposé un recours et s’est présentée cette fois sans étiquette : selon les estimations de Mayotte 1ère, elle est arrivée en tête de ces législatives partielles, avec 36,2% des voix. Élad Chakrina avait suscité la controverse pour siéger à l’Assemblée nationale couverte d’un châle, considéré par certains comme un signe de sa foi musulmane. Elle est restée étrangement silencieuse tout au long du conflit qui paralyse Mayotte depuis un mois. En deuxième position, Élad Chakrina, soutenu depuis Paris, à son corps défendant, par le Rassemblement national de Marine Le Pen, obtiendrait 32,6% des voix. Avec Laurent Wauquier, président des Républicains venu à Mayotte le supporter la semaine dernière, il est favorable à la suppression du droit du sol pour les enfants nés de Comoriens en situation irrégulière. Loin derrière, Daniel Zaidani, ancien président du conseil général centriste, et Bacar Ali Boto n’auraient convaincu que 12,2% des électeurs chacun.

Laurent DECLOITRE
Ramlati Ali l'emportera finalement au second tour avec 54,99% des voix.

 

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