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L'actu vue par Laurent DECLOITRE

L'actu vue par Laurent DECLOITRE

Les articles de Laurent Decloitre sur la Réunion et l'océan Indien parus dans Libération, l'Express et la presse nationale.

Publié le par Laurent DECLOITRE
Publié dans : #Articles parus dans l'Express

L'Express du 17 au 23 avril 2013, de notre correspondant laurent DECLOITRE


Contrairement aux Antilles, les indépendantistes n’ont jamais eu d’écho à La Réunion. L’île a pourtant failli se séparer de la France…

 

BOYER-Aniel-004.jpgParce qu’ils refusaient d’abolir l’esclavage, interdit en 1794 par la Convention, et parce qu’ils étaient royalistes, les Réunionnais ont voulu larguer les amarres en cherchant à quitter le giron de la métropole, durant la période révolutionnaire. « Ça s’est joué à quelques voix près », rappelle Claude Wanquet, professeur d’histoire émérite. En janvier 1800, la question récurrente est inscrite à l’ordre du jour de l’assemblée coloniale, à Saint-Denis. Ozoux, un des colons, plaide pour le grand saut et veut « rendre à jamais complète la séparation ». La Réunion, grâce à ses cultures vivrières, assure son autosuffisance alimentaire. Malartic, le gouverneur général de l’Isle de France (Maurice), est dépêché sur place pour éteindre le feu. Grâce à Joseph de Villèle, fils de l’esclavagiste Madame Desbassyns et futur premier ministre de Louis XVIII, il parvient in extremis à renverser le vote.

Sous l’Empire, le parti anglophile, qui envisage de rattacher la Réunion à l’Angleterre, dans l’attente du retour du roi sur le trône français, n’a pas plus de succès. Ces mouvements indépendantistes ont un autre point commun. « Ils recrutaient parmi les gros colons ; on dirait la droite aujourd’hui. Plus tard, c’est l’extrême-gauche qui a porté ces revendications », souligne Wanquet.

« Comme les Mauriciens »

L’extrême-gauche, et non la gauche. Le parti communiste réunionnais créé en 1959 « n’a jamais franchi le pas », analyse Gilles Gauvin, ancien membre du Comité pour la mémoire de l’esclavage. L’historien précise cependant : « Le sentiment d’appartenance à la France est très ancré à La Réunion. Si l’indépendance avait été populaire, le PCR aurait suivi ! » Paul Verges, le leader communiste, se contente de prôner une autonomie démocratique et populaire… « Il a entretenu la confusion auprès des militants et parasité notre mouvement », affirme Bernard Grondin, porte-parole de Lorganizasion popilèr pou libèr nout péi (LPLP), qui regrouperait une centaine de sympathisants indépendantistes.

En 1971, Serge Sinamalé, leader de l’association culturelle Cimendef et cadre du parti, prend ses distances avec le PCR. Quatre ans plus tard, le facteur de kayambs, crée l'Organisation communiste marxiste léniniste de La Réunion, qui se transforme, en 1981, en Mouvement pour l’indépendance de La Réunion (Mir). Il obtient le soutien officielde la Libye du Colonel Khadafi. Mais pas celui des Réunionnais puisqu’il ne décroche qu’une seule voix aux cantonales de 1982 ! Lorsque Sinamalé décède en 2008, le Mir est moribond, et laisse place à un autre groupuscule, le Mar, Mouvman antikolonialis rénioné.

En 1998, un carrier de la Rivière Saint-Louis, Aniel Boyer, crée Nasyon Rénioné et multiplie les candidatures aux élections. « Ça coûte cher, mais c’est le seul moyen pour diffuser nos idées », justifie l’indépendantiste, qui n’a jamais dépassé 1% des voix. En 2012, il a « condamné à mort » trois députés - déjà décédés depuis des années - Raymond Vergès, Léon de Lepervanche et Michel Debré, et diffusé les photos de leur pantin cloué au pilori…

Même s’ils ont fait scission, Nasyon Rénioné et LPLP usent aujourd’hui des mêmes arguments : « On a fait croire qu’on allait « manger galets » comme les Malgaches si on devenait indépendant. Mais on se débrouillerait aussi bien que les Mauriciens ou les Seychellois. » Un discours aux relents parfois nauséabonds. « On est anti-zorey, car 99% d’entre eux se comportent comme de grands chefs blancs », lance Bernard Grondin, alors qu’Aniel Boyer reconnaît : « J’ai des similitudes avec Marine Le Pen ; elle défend les Français, moi les Réunionnais. »

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