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L'actu vue par Laurent DECLOITRE

L'actu vue par Laurent DECLOITRE

Les articles de Laurent Decloitre (journaliste et biographe) sur la Réunion et l'océan Indien parus dans Libération, l'Express et la presse nationale.

Publié le par Laurent DECLOITRE
Publié dans : #Articles parus dans l'Express

"Tant de sucre cassé sur mon dos"

 

L'Express n° 3171 du 11 au 17 avril 2012

 

Sur scène, à la télévision ou à la radio, l’humour, pas toujours léger, de Maroni remporte un succès écrasant à La Réunion.

 

maroni.jpgEnfant, Didier Bazin devait plonger devant les employées de la piscine municipale, qui s’asseyaient sur le rebord du bassin pour regarder flotter l’enfant obèse. Un spectacle chez ces femmes qui ne pensaient pas à mal, un traumatisme pour n’importe quel jeune souffrant de surpoids. Pas pour le futur Maroni. « J’étais mal dans ma peau, mais j’avais une bonne bouille. Alors je faisais le guignol, une façon de m’accepter », se souvient celui qui est devenu une bête de scène à La Réunion.

« Maintenant, on me regarde moins en raison de ma grosseur que de ma notoriété », espère Maroni, qui accuse 130 kilos lorsqu’il fait la balance de ses spectacles avec les humoristes des 97K ou des Comix cool.  « La scène, c’est jouissif », savoure l’obèse, avant de reprendre par le menu sa marche vers la célébrité : « J’ai commencé à travailler dans la prévention du sida. Pas très drôle, mais j’avais la graine de l’humour. Alors, dans les écoles ou les prisons, je passais le message en faisant rire. »

Sa véritable entrée dans le monde du showbiz, le jeune homme de 28 ans la doit à Franck Alfivéric, de la société de production Un autre monde, qu’un ami lui fait connaître. « Pour une fois, mon physique m’a aidé ! » Maroni tourne sa première pub, pour des baies vitrées, d’où il tire son nom de scène, « ma va rovnir » (Je reviens). L’agence exploite le corps rond du comique, déguisé en Rambo, en rugbyman, en boxeur et même en sumo, torse nu : « Ma mère n’était pas contente, moi-même j’éprouvais une petite réticence », se souvient-il. Mais the show must go on !  Il est repéré par Thierry Jardinot et participe à ses premiers programmes télévisés sur Antenne Réunion, puis devient « l’égérie » de la marque de téléphonie mobile de la station.

Aujourd’hui, avec un style bien à lui - boucles d’oreille, montre et chaîne dorées -, l’humoriste va tous les dimanches matin à la rencontre des auditeurs de Radio 1ère, dans l’émission Maroni, sa lé bel. Fort de ce succès, il se lance désormais dans la musique. Son album parlera d’amour, mais pas seulement. Dans « Stop », le poids lourd du showbiz pays dénonce : « On dit souvent que je suis trop gros/D’autres disent aussi que je ne suis pas beau/On ajoute encore que je vais mourir tôt/Tant de sucre cassé sur mon dos »

Car malgré le rire strident qui ponctue ses propos les plus graves, Maroni ne cherche pas à lisser sa success-story. « La vie est compliquée, pour s’habiller, s’accepter ou pour des questions de santé », confie-t-il, évoquant des préjugés honteux : « On dit que les gros ne voient pas leur sexe, qu’ils écrasent leur partenaire au lit » (sic). Même s’il recherche toujours l’âme sœur, le comédien se déclare « épanoui » et assume sa gourmandise, voire sa paresse : « Mon bonheur, c’est de passer le week-end devant l’écran en mangeant un poulet croustillant et de la mayonnaise maison. »

Maroni avoue qu’il pourrait « maigrir en bougeant », mais déteste le sport… Alors, « pour l’esthétique », il s’adonne à « un petit régime » et poursuit son bonhomme de chemin. Régulièrement, il se déguise en père Noël pour les enfants malades, anime des manifestations en faveur des femmes battues et des malades du sida. Sans en tirer gloriole : « Je fais ça pour moi… Face à eux, je me rends compte de ma chance, de mon bonheur de vivre. Moi, je ne souffre que d’un petit handicap ». L’artiste ne pense pas à son surpoids : malentendant, il est appareillé des deux oreilles.

Laurent DECLOITRE

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