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L'actu vue par Laurent DECLOITRE

L'actu vue par Laurent DECLOITRE

Les articles de Laurent Decloitre (journaliste et biographe) sur la Réunion et l'océan Indien parus dans Libération, l'Express et la presse nationale.

Publié le par Laurent DECLOITRE
Publié dans : #Articles parus dans l'Express

L'Express du 3 au 9 septembre 2009.

De notre correspondant, Laurent DECLOITRE

Photos : Pierre MARCHAL

 

Le mandat de Nassimah Dindar est marqué par la liquidation de l’Arast, une association chargée par le Département de l’aide aux personnes âgées. Près de 1 200 personnes ont été licenciées.

 

PROCES-ARAST-055.jpgDans l’hagiographie qu’elle a commanditée à une société de production tout comme dans le dossier de presse livré aux journalistes pour célébrer ses dix ans de mandat, Nassimah Dindar oublie l’épisode Arast. Arast pour Association régionale d’accompagnement social territorialisé, l’histoire d’une débâcle financière et humaine, soldée par le licenciement de 1 196 personnes. À l’échelle de la métropole, c’est comme si un employeur remerciait 90 000 salariés…

Le Département avait dévolu à l’organisme l’aide à domicile aux personnes âgées, une de ses compétences obligatoires. Mais l’Arast, créée en 2003 sur les ruines de précédentes associations, a rencontré de graves difficultés de trésorerie. En 2009, elle réclame à sa collectivité de tutelle une aide de dix millions d’euros. Nassimah Dindar refuse. « L’Arast était devenue un mastodonte géré par des directeurs incompétents. J’ai soumis le dossier aux élus de la commission permanente, sans donner de consigne de vote », se défausse aujourd’hui la présidente du conseil général, qui dit toutefois « assumer personnellement ».

Faute de financement, l’Arast est liquidée par le tribunal de grande instance le 27 novembre 2009. Le TGI note que « le Département n’a pas respecté son engagement d’assurer la trésorerie suffisante pour ne point aggraver le passif ». Si les dettes nouvelles sont le fruit de ces « atermoiements », ceux-ci « sont peut-être légitimes au regard des modes de gestion de la direction de l’association », estiment les juges.  Le soir même, Nassimah Dindar promet que le Département va réembaucher tout le monde. « Une erreur de communication monumentale », reconnaît aujourd’hui l’intéressée.

En pratique, près de 1 200 personnes se retrouvent sur le carreau, sans aucune indemnité de licenciement ! Le conseil général estime que c’est à l’Assurance de garantie des salaires (AGS) de verser leurs primes aux licenciés ; l’AGS affirme que le Département poursuit l’activité en continuant à verser l’allocation personnalisée d’autonomie à domicile, et qu’elle n’a donc pas à intervenir. Saisie, la justice rend un jugement de Salomon : le 30 juin dernier, elle condamne le conseil général et les AGS à payer conjointement les indemnités.

L’épilogue de quatre années d’âpre lutte : les salariés ont occupé à plusieurs reprises le palais de la Source, certains ont suivi une grève de la faim durant trois semaines. Un conflit hyper-médiatisé au cours duquel la droite se lâche. « Le conseil général est devenu une machine froide qui broie l’homme et fabrique de la casse sociale », balancent les conseillers généraux d’opposition. Didier Robert, président du conseil régional, « regrette que Nassimah Dindar n’ait pas voulu prendre en compte la situation personnelle et familiale de ces agents, en grande majorité des femmes ». Et il récupère sur sa liste aux régionales de 2010 Valérie Bénard, une des figures de proue des licenciées.

Aujourd’hui vice-présidente en charge de la lutte contre l’illettrisme, cette dernière en veut toujours à Nassimah Dindar. « Son bilan, c’est 1 200 licenciements. À sa place, je n’en dormirais plus ! », lâche Valérie Bénard. La présidente du conseil général rétorque qu’elle ne pourrait faire autrement si une telle situation se représentait : « Il s’agit de deniers publics, nous remplissons aujourd’hui les mêmes missions en dépensant moins. »

 

Faire feu de tout bois…de goyavier 

« Lorsqu’elle part en mission en métropole, elle y pêche toujours une idée qu’elle adapte à La Réunion ». Ce commentaire d’un ancien membre du cabinet de Nassimah Dindar a connu une énième illustration ces derniers mois avec le lancement de l’opération « 4000 jeunes parrainés ». L’objectif visé par la présidente du conseil général : aider les jeunes en difficulté, en leur faisant bénéficier des conseils et de l’accompagnement d’un adulte bénévole. Nassimah Dindar a réussi à convaincre Yannick Noah qui parraine le projet. La même démarche présidait à la création de l’académie des dalons, une structure qui tente de réinsérer des jeunes en déshérence. (voir le dossier de l’Express consacré à la jeunesse réunionnaise).

Le social, c’est l’ADN du conseil général, que Nassimah Dindar décline auprès des populations défavorisées, parfois au-delà de ses compétences obligatoires. En matière de logement, la collectivité aide à l’accession à la propriété, à l’amélioration de l’habitat, verse des « chèques électricité » ; pour les handicapés, le département finance des Pass Transports et Loisirs, et favorise le « répit-repos » pour leur famille. En matière de petite enfance, les parents peuvent percevoir un « chèque marmaille » et confier leur progéniture à des structures d’accueil ou à une des 800 assistantes familiales.

Nassimah Dindar a par ailleurs infléchi son action en faveur de l’insertion économique et mise beaucoup sur la filière goyavier, cette peste végétale dont elle entend faire un marché créateur d’emplois.

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