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L'actu vue par Laurent DECLOITRE

L'actu vue par Laurent DECLOITRE

Les articles de Laurent Decloitre sur la Réunion et l'océan Indien parus dans Libération, l'Express et la presse nationale.

Publié le par Laurent DECLOITRE
Publié dans : #Articles parus dans Libération
Des ronds dans le lagon

Après un passage éclaire à Madagascar, Jacques et Bernadette Chirac passent leurs vacances sur l'île de La Réunion...politiquement plus correcte que Maurice.

De notre correspondant, Laurent DECLOITRE
Août 2004


Sur la plage de l'Hermitage, on les reconnaît de loin. Un peu à l'écart des autres plagistes, discrètement surveillés par des gardes du corps en short, Jacques et Bernadette Chirac sont les seuls à prendre le soleil habillés, allongés sur des transats. Chemise blanche sortie du pantalon noir, chaussures vernies... Le président ne se baigne pas : c'est l'hiver austral à La Réunion, l'eau du lagon n'est "qu'à" 23 degrés. Il fait toutefois moins frais qu'au Québec, où Jacques Chirac passait ses vacances en août dernier, à l'abri de la canicule hexagonale. Cette année, l'absence du chef de l'Etat devrait moins se remarquer... Quoique : le président se repose à onze heures d'avion de Paris, lui qui a demandé à ses ministres de ne pas s'éloigner de plus de deux heures de vol de la capitale pendant le mois d'août.
C'est la troisième fois que Jacques Chirac choisit La Réunion pour ses vacances estivales. En 1997, il y avait séjourné dix jours en compagnie de Bernadette, de leur fille Claude et de leur petit-fils Martin. Quatre ans plus tard, de nouveau l'océan Indien, mais cette fois à Maurice, au Royal Palm, un cinq étoiles. A la Réunion, où il n'y a pas de "resort" de ce standing, ce choix avait été mal perçu. En 2002, l'île française, politiquement plus correcte pour dépenser les frais de bouche du couple présidentiel, accueille de nouveau Jacques et Bernadette Chirac. Toujours sur la côte ouest de la Réunion, surnommée "zorèyland" en raison du nombre de riches métropolitains qui y habitent, mais dans un autre hôtel. Le "Saint-Alexis" est délaissé pour "Les Villas du lagon", l'ancien Club Mèd racheté, rénové et transformé en quatre étoiles.
"Papa Roméo", du nom de code qu'ont donné au président les forces de l'ordre qui attendaient le Falcon à l'aéroport de Gillot, est arrivé sur l'île le 27 juillet au soir,  après un passage éclair à Madagascar. Le temps d'effacer une dette de 70 millions d'euros à l'égard de la France. Le convoi a pris immédiatement la route pour la Saline-les-Bains et l'hôtel, à la déception des quelques dizaines de groupies qui espéraient serrer la main du chef de l'Etat.

"Des clients comme les autres"...
Le couple a de nouveau choisi la suite qui donne sur le lagon et la barrière de corail ; Sumo, le petit caniche blanc emmené dans les valises, dort dans le salon. "Notre objectif est d'assurer à Mme et M.Chirac le maximum de tranquillité et de leur garantir calme et discrétion", indique Olivier Roussellier, le directeur de cet établissement de 174 chambres, bordé de palmiers, de bougainvillées et d'arbres du voyageur. Et d'ajouter, sans rire : "Le fonctionnement de l'hôtel est totalement normal, il n'y a rien d'exceptionnel. Ce sont des clients comme les autres, sans exigence particulière. Moins compliqués en tout cas que certaines stars".
Voire... Si l'on n'a pas de chambre réservée, il est désormais impossible de dîner dans l'un des trois restaurants, qui affichent tous "complets", ou de faire du shopping dans les boutiques du complexe. "On nous demande notre nom et notre numéro de chambre, quand on rentre", expliquent Jean-Philippe et Nathalie, venus de Grenoble pour passer leur lune de miel aux "Villas". "Il ne faudrait pas que cela soit plus contraignant, genre une voiture de police devant l'entrée". L'hôtel est devenu "un blockhaus hermétique", reproche Stéphane, qui souhaitait, optimiste, que le président lui dédicace un livre de photos. Gérard, lui, espère rencontrer la première dame de France, "puisqu'il paraît qu'elle fait du social". Le SDF, ancien boucher, érémiste, a monté un abri de fortune accolé à la clôture de l'hôtel, à l'ombre des filaos, où il vit maintenant depuis cinq mois.

Pas de remous dans le lagon
Le programme du couple présidentiel ne se résume qu'à "du repos, du repos et encore du repos". Surtout, pas de remous dans le lagon. La veille de l'arrivée de Jacques Chirac à La Réunion, le gouvernement a annoncé que dans les Dom, contrairement à la métropole, les techniciens, ouvriers et agents de service de l'Education nationale ne seront finalement pas transférés en janvier aux collectivités locales dans le cadre de la décentralisation. "On ne veut pas croire que le sort des Tos, qui ont manifesté tous les jours en avril, mai et juin derniers avec 15000 de leurs collègues enseignants, n'a tenu qu'au bon déroulement des vacances du président", s'exclame Dominique Herrbach, secrétaire départemental de la FSU.
"C'est clair, le président n'est pas là pour travailler", confie une employée de l'hôtel. Le couple n'a quitté l'hôtel que mercredi soir, pour dîner au "Lam", un restaurant chinois de Saint-Denis, en compagnie du député-maire UMP René-Paul Victoria, de son épouse et ses trois enfants. Au menu, canard laqué, ananas fourré aux crevettes et au porc, Haut-Médoc et bière Tsin Tao. Sumo s'est fait servir un émincé de poulet aux carottes. En guise de digestif, le chef de l'Etat, chemise ouverte, bronzé et détendu, a enfin pris un bain...de foule, serrant les mains de plusieurs militantes de l'UMP qui battaient le pavé depuis le début de soirée.
Bernadette Chirac a par ailleurs assisté à la messe, seule au cinquième rang, dimanche matin, en l'église de Notre-Dame-de-la-Paix, à Saint-Gilles-les-Bains. Le sermon du diacre Alex Taochi, sur le partage de l'argent, semblait écrit sur mesure pour la présidente de la Fondation des hôpitaux de France et ses pièces jaunes. Mme Chirac a d'ailleurs été remerciée, sur le parvis de l'église, par une grand-mère visiblement émue, dont le petit-fils est soigné en métropole pour une leucémie.
Lundi, seule entorse à la farniente présidentielle, Jacques Chirac pourrait convier à un repas républicain, en préfecture, les parlementaires et principaux élus de l'île, avant de regagner Paris : le 14, le chef d'Etat doit accueillir le Pape à Tarbes.


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