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L'actu vue par Laurent DECLOITRE

L'actu vue par Laurent DECLOITRE

Les articles de Laurent Decloitre (journaliste et biographe) sur la Réunion et l'océan Indien parus dans Libération, Marianne, Paris Match, l'Express, Géo et la presse nationale.

Publié le par Laurent DECLOITRE
Publié dans : #Articles parus dans Libération
Au sein du laboratoire du pôle de protection des plantes du Cirad, à La Réunion. (R.Philppon)

Au sein du laboratoire du pôle de protection des plantes du Cirad, à La Réunion. (R.Philppon)

Le Cirad, un organisme de recherche agronomique basé à Saint-Pierre, s’apprête à déployer un nouveau test de dépistage : le RunCov, plus pratique que le RT-PCR classique. Le ministère de la Santé vient de l’inscrire dans la liste des tests disponibles.

De notre correspondant Laurent DECLOITRE, Libération du 6 février 2021

Spécialiste des végétaux et des insectes qui les attaquent, Isabelle Robène travaille au Cirad de la Réunion, un organisme de recherche agronomique. Etonnamment, cette vétérinaire des plantes tropicales est à l’origine d’un nouveau test de dépistage du Covid chez les humains. RunCov, c’est son nom, est plus rapide, plus pratique et quasiment aussi fiable que le RT-PCR, la méthode de référence. «J’étudie et mets au point des diagnostics de maladies des végétaux, détaille la chercheuse dans son laboratoire du pôle de protection des plantes, à Saint-Pierre, dans le sud de l’île. Or ces méthodes moléculaires dites RT-Lamp, basées sur l’amplification de morceaux d’ADN de l’agent pathogène, fonctionnent aussi sur les virus humains.»

Le Cirad s’est donc procuré des échantillons du Covid-19 auprès du centre hospitalier universitaire de la Réunion. Marie-Christine Jaffar-Bandjee, cheffe du laboratoire de microbiologie de l’hôpital, a fourni 140 prélèvements nasopharyngés, positifs ou négatifs, mais aussi des pathogènes comme la grippe et d’autres coronavirus humains. «L’objectif était de vérifier que le test Lamp est bien spécifique au Covid-19

Maximum 30 minutes d’attente
Après plusieurs mois d’essais, au Cirad et au Cyclotron de la Réunion – une plateforme de santé et de biotechnologies –, la méthode RT-Lamp est désormais rodée. Le prélèvement a lieu dans les narines avec l’écouvillon habituel. Puis les échantillons sont inactivés en les chauffant à 95 degrés. Ensuite, deux barrettes de huit minitubes sont glissées dans une machine de la taille d’une boîte à sucre, en l’occurrence une Genie II, vendue 10 000 euros pièce par la société britannique OptiGene. Un bip, l’écran s’allume. Si, au bout de quelques minutes, des courbes apparaissent, c’est que l’échantillon est positif.

«Quand la charge virale est forte, en moins de dix minutes, on a le résultat», s’enthousiasme Isabelle Robène. L’échantillon comporte peu de virus ? Il faut attendre au maximum une demi-heure. Bien plus rapide que le RT-PCR classique, qui nécessite une dizaine d’heures et un traitement en laboratoire. Les tests antigéniques, une autre méthode, donnent également des résultats très vite, mais ils sont jusqu’à deux fois moins fiables que le RT-PCR et la RT-Lamp. «Nous pouvons intervenir au pied des patients, dans un aéroport, un parking, un gymnase, il suffit d’une prise électrique», renchérit son collègue Emmanuel Jouen. Par ailleurs, les résultats seraient plus facilement lisibles, car RunCov s’appuie sur une technique de fluorescence, «quantifiable numériquement», contrairement à la technique habituelle de colorimétrie, à «l’interprétation plus aléatoire», affirment les chercheurs.

Isabelle Robène et Emmanuel Jouen, du Cirad de La Réunion, à l'origine du test de dépistage de la Covid. (R.Philippon)

Autre atout : deux morceaux du génome, les zones S et N, sont amplifiés, et non pas un seul. Une façon de confirmer les résultats, en les doublant et, heureuse surprise, de les affiner depuis que les variants du Sars-CoV-2 sont apparus. «On s’est aperçu, se félicitent les chercheurs, que le mutant anglais n’activait pas la zone S. Si on a un résultat S- et N +, on a donc une forte suspicion de sa présence.» Il suffit alors de vérifier avec un test spécifique.

Ce test est-il fiable ? Eric Jeuffrault, le directeur régional du Cirad, est formel : «RunCov se suffit à lui-même, avec une sensibilité d’environ 90 %, même avec de faibles charges virales, ce qui réduit considérablement la probabilité de patients faux négatifs.» Le Centre national de référence des virus des infections respiratoires de Lyon a rendu un rapport favorable et le ministère de la Santé vient d’inscrire RunCov dans la liste des tests disponibles. Toutefois, si un patient présente des symptômes, et que le test est négatif, il est recommandé de vérifier avec un RT-PCR classique. François Chieze, directeur de la veille et de la sécurité sanitaire à l’agence régionale de santé, voit «d’un très bon œil cette technique» ; il assure qu’il n’y «a aucune raison qu’elle ne soit pas utilisée».

«Fier de cette contribution opérationnelle»
RunCov va donc être testé dans les prochains jours à l’hôpital de Saint-Pierre, puis sur la liaison aérienne Réunion-Mayotte, assurée par Air Austral, et, plus tard, sur les vols Réunion-métropole. Aujourd’hui, les voyageurs doivent effectuer un test RT-PCR soixante-douze heures avant le vol ; ils peuvent donc se contaminer entre ce prélèvement et le départ, tout en présentant un résultat négatif. Avec la RT-Lamp, à l’arrivée comme au départ, ces malades qui s’ignorent seront dépistés en vingt minutes et les autorités sanitaires pourront prendre les mesures qui s’imposent. «On est assez fier de cette contribution opérationnelle de la recherche à la lutte contre l’épidémie», confie Eric Jeuffrault.

A priori, le Cirad ne compte pas déposer de brevet et souhaite mettre à disposition des industriels et laboratoires d’analyses le fruit de ses recherches. Contact a d’ores et déjà été pris avec une start-up en biotechnologie de métropole pour la production à grande échelle des « milieux réactifs » qui entrent dans le procédé de dépistage.

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