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L'actu vue par Laurent DECLOITRE

L'actu vue par Laurent DECLOITRE

Les articles de Laurent Decloitre (journaliste et biographe) sur la Réunion et l'océan Indien parus dans Libération, Marianne, Paris Match, l'Express, Géo et la presse nationale.

Publié le par Laurent DECLOITRE
Publié dans : #Articles parus dans Libération
A l'aéroport de Sainte-Marie de La Réunion lundi. (Richard Bouhet/Imaz Press )

A l'aéroport de Sainte-Marie de La Réunion lundi. (Richard Bouhet/Imaz Press )

Sur l’île, où le nombre de contaminations au virus ne cesse de croître, de plus en plus de patients arrivent de Mayotte. Face au risque de saturation en réanimation, certains d’entre eux devraient prochainement être transférés en métropole.

Par Laurent Decloitre, correspondant à la Réunion
publié le 21 février 2021 

Depuis le début de la crise sanitaire, jamais La Réunion n’a connu autant de nouveaux cas quotidiens de Covid-19 : sur quatre jours, la moyenne s’élève à 140, un record sur l’île. Sur les 95 lits de réanimation disponibles dans les hôpitaux réunionnais, 85 sont occupés. Un taux de 90 % préoccupant si l’épidémie continue de flamber. Sur ces 85 lits, 44 sont pris par des malades du Covid, parmi lesquels, précise Sabrina Wadel, secrétaire générale du CHU, 32 sont originaires de Mayotte d’où elles ont été évacuées par avion.

Or, ces transferts depuis l’île aux Parfums, située à 1 500 km au nord-ouest de La Réunion, se poursuivent. Tous les jours, La Réunion accueille quatre nouveaux patients «Covid positifs» envoyés par le centre hospitalier de Mayotte, débordé, qui ne dispose que de 32 lits de réanimation. Largement insuffisants, alors que le département d’outre-mer connaît là-bas un taux d’incidence de 875 cas pour 100 000 habitants et un taux de positivité aux tests de 31 %.

«Continuez à envoyer la peste à La Réunion»

En cohérence avec son statut d’hôpital de recours dans la zone océan Indien, le CHU de La Réunion apporte «une aide nécessaire et logique», souligne Martine Ladoucette, directrice de l’agence régionale de santé (ARS). Mais pour de nombreux Réunionnais, cette solidarité régionale n’est plus de mise : sur les réseaux sociaux, les commentaires aux relents racistes se multiplient. S’adressant aux Mahorais, un internaute balance en créole : «C zot faute si zot lé koma zot i respect rien. Donc astere reste dans zot merde !» («Si vous êtes dans cette situation, c’est que vous ne respectez rien, restez dans votre merde !») Ou encore, à propos de la directrice de l’ARS de Mayotte : «Merci madame Voynet, kontini envoy la peste a la renyon» («Continuez à envoyer la peste à La Réunion»). Des habitants ont même manifesté devant l’aéroport Roland-Garros pour demander l’arrêt des arrivées extérieures et un meilleur contrôle. Le fait que parmi les patients évacués à La Réunion, certains puissent être des Comoriens vivant en situation irrégulière à Mayotte, n’a fait que renforcer ce sentiment d’ostracisme.

Pourtant, la flambée épidémique n’est «pas du tout en rapport» avec des imports de métropole ou de Mayotte, assure Martine Ladoucette. L’augmentation n’est pas due à des cas importés, mais à des cas autochtones, le virus, et son variant sud-africain, circulant largement à La Réunion. Il n’empêche… Même si d’importants renforts en personnel médical sont arrivés en fin de semaine, et même si la capacité des lits de réanimation peut être portée à 125 sur l’ensemble de l’île, l’ARS a fixé le nombre total de patients mahorais soignés sur place à 48, «une cible maximum». La directrice de l’ARS l’assure : «Il n’est pas question que le dispositif d’évacuations sanitaires se fasse au détriment de la prise en charge des urgences de La Réunion.» D’ores et déjà, plusieurs blocs opératoires seront fermés à compter de lundi.

Transferts vers Paris

Les autorités de tutelles en ont été informées et un nouveau dispositif va donc être lancé. «D’ici une dizaine de jours», estime Frédérique Sauvat, directrice médicale de crise du CHU, des patients mahorais devraient être évacués vers Paris. «On travaille avec le Samu de Paris et Samu Urgences France pour affréter un avion dédié, qui pourra transporter de dix à quatorze civières et effectuer plusieurs rotations par semaine.» Martine Ladoucette confirme : «Le principe a été acté avec le Centre national de crise sanitaire.» L’appareil, un 777, serait loué à une compagnie privée, sans doute Air France ou Air Austral. Il décollera de La Réunion, la piste de Mayotte étant trop courte.

La procédure est de fait compliquée à mettre en œuvre : les patients mahorais devront d’abord être transportés de Mamoudzou, sur la Grande-Terre de Mayotte, à la Petite-Terre où se situe l’aéroport, via un ferry ou un hélicoptère. Là, ils seront transférés dans un avion de la compagnie privée Amelia, qui peut transporter trois civières seulement. Après 2 h 30 de vol, ils atterriront à Saint-Denis de La Réunion. «Ce sont des malades intubés, compliqués à prendre en charge», souligne Frédérique Sauvat. «Un gros travail de sélection» sera opéré : choisir des patients dans un état suffisamment grave pour justifier un transfert en métropole, mais «dans un état stable» pour éviter que leur santé ne se dégrade durant le vol qui dure… onze heures.

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