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L'actu vue par Laurent DECLOITRE

L'actu vue par Laurent DECLOITRE

Les articles de Laurent Decloitre (journaliste et biographe) sur la Réunion et l'océan Indien parus dans Libération, Marianne, Paris Match, l'Express, Géo et la presse nationale.

Publié le par Laurent DECLOITRE
Publié dans : #Articles parus dans Libération
Kevin Escoffier arrivé à la Réunion, ce jeudi. Photo R.Bouhet. AFP

Kevin Escoffier arrivé à la Réunion, ce jeudi. Photo R.Bouhet. AFP

Le naufragé a été déposé ce jeudi au Port par le bateau militaire qui l'avait recueilli après son sauvetage par Jean Le Cam.

De notre correspondant à La Réunion, Laurent DECLOITRE
Libération du 10 décembre 2020

Fatigué mais tout sourire… Habillé d’une combinaison bleu marine de l’armée, Kevin Escoffier a posé pied à terre ce jeudi matin à 9h45 à la darse du port militaire de la Réunion, sur la côte ouest de l’île de l’océan Indien. Dix jours après son naufrage spectaculaire au sud-ouest du Cap de Bonne Espérance, au large de l’Afrique du sud, le skipper du Vendée Globe a été accueilli par le préfet, une vingtaine de passionnés de voile et une noria de journalistes locaux.

«Je sors de dix jours compliqués, avec un sentiment de déception et de nostalgie d’avoir abandonné la course, pour laquelle j’avais mis beaucoup d’énergie depuis deux ans. Mais c’est aussi la joie de retrouver la terre ferme et bientôt ma famille, a déclaré le navigateur en solitaire, depuis la passerelle de la frégate de surveillance qui l’a récupéré il y a quatre jours. Merci à la Marine nationale, qui a réalisé de belles manœuvres pas anodines dans ces mers du sud.» En 2016, le Marion Dufresne, navire ravitailleur des Terres australes antarctiques françaises, basé à la Réunion, s’était déjà dérouté pour sauver un autre concurrent, Kito de Pavant.

«C’était Verdun sur l'eau»

Cette fois, le Nivôse, navire des Forces armées de la zone sud de l’océan Indien, qui était en opération dans la zone des Kerguelen, a fait cap sur l’archipel des Crozet, à plus de 3000 km au sud de la Réunion. C’est là, au large de l’île aux Cochons et de l’île de la Possession, que la jonction avec le YesWeCam! de Jean Le Cam s’est réalisée. Ce dernier, également participant au Vendée Globe, avait retrouvé Kevin Escoffier en début de semaine dernière, alors que le naufragé dérivait sur son radeau de survie. Son monocoque s’était littéralement brisé en deux suite à une déferlante. «Je n’ai jamais douté d’une issue heureuse. Mais il fallait une bonne forme physique, car cela n’a pas été simple de monter à bord de YesWeCam! C’était Verdun sur l’eau, image le rescapé des mers australes. Merci à Jean ; on se connaissait déjà, aujourd’hui, on est devenu intimes.»

Plus sérieux, il évoque son accident. «C’est surréaliste ce qui s’est passé, le bateau s’est replié en deux !» Et de chercher une explication : «Aujourd’hui, les bateaux à foil ont une surface et une longueur de contact très longues, on tape un peu plus qu’avant…» Mais le survivant sait que «le Vendée Globe est une course longue et exigeante, où il y a toujours un nombre important de casses. On verra à l’arrivée…»

En attendant, Kevin Escoffier savoure les applaudissements d’une petite vingtaine de supporters venus l’accueillir. Tutoiement de rigueur… «Tu verras, dans quatre ans, les sponsors te mangeront dans la main», lui promet une femme. «Ça te va bien, la tenue militaire», lui lance une autre… Tout le monde rigole, c’est parti pour les selfies, alors que le navigateur assure avoir «envie de repartir» et de participer à la prochaine édition de la course autour du monde. Lorsque son monocoque Imoca a coulé, il occupait la troisième place.

Vendredi, Kevin Escoffier doit faire le tour des clients réunionnais de PRB, son sponsor officiel (matériaux de construction), avant de prendre l’avion samedi pour la métropole. Mardi, il rejoindra sa famille. Avant de reprendre la mer, au plus vite, évidemment…

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