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L'actu vue par Laurent DECLOITRE

L'actu vue par Laurent DECLOITRE

Les articles de Laurent Decloitre (journaliste et biographe) sur la Réunion et l'océan Indien parus dans Libération, Marianne, Paris Match, l'Express, Géo et la presse nationale.

Publié le par Laurent DECLOITRE
Publié dans : #Articles parus dans Libération
Le ministre des Outre-mer Sébastien Lecornu visite une classe, au Port, sur l'île de la réunion, le 17 août. Photo Richard Bouhet. AFP

Le ministre des Outre-mer Sébastien Lecornu visite une classe, au Port, sur l'île de la réunion, le 17 août. Photo Richard Bouhet. AFP

Depuis la rentrée le 17 août, les fermetures d'établissements se multiplient, notamment dans le chef-lieu Saint-Denis. Un principe de précaution face à l'accélération de l'épidémie jugé excessif par certains.

Libération du 27 août 2020, de notre correspondant à La Réunion, Laurent DECLOITRE

Assurer coûte que coûte la rentrée scolaire. A la Réunion, les quelque 220 000 écoliers, collégiens et lycéens ont repris leur cartable depuis lundi 17 août, comme toujours deux semaines avant leurs camarades de métropole. Le secrétaire général du rectorat, Francis Fonderflick, assure qu’ils sont «en sécurité» dans l’enceinte scolaire, tout comme les personnels. Pourtant, jamais l’épidémie de Covid-19 n’a été aussi virulente dans le département d’outre-mer. Depuis la fin de l’état d’urgence sanitaire et le retour des liaisons aériennes mi-juillet avec la métropole, le nombre de nouveaux cas explose : 80 mercredi et 13 clusters actifs répertoriés sur l’île pour la première fois (1).

«On ne va pas renvoyer tous les profs chez eux»
Pour éviter que le virus ne s’assoie face au tableau, le rectorat a établi un protocole : lavage des mains quatre fois par jour, port du masque, nettoyage et aération quotidienne des classes, distanciation si possible dans la cour de récréation… Las. Tous les jours, une quarantaine de suspicions de Covid-19 sont déclarées, entraînant le renvoi de l’élève dans sa famille et un test de dépistage. A ce jour, 13 cas ont été confirmés dans le milieu scolaire, et des centaines d’élèves et enseignants ayant été en contact avec les malades sont actuellement placés en quarantaine. C’est le cas de Cathy Costes, professeur d’art plastique au lycée Leconte-de-Lisle, qui se morfond chez elle. «Ça ne fait que commencer, il va y en avoir plein. On ne va pas renvoyer tous les profs chez eux», se désole-t-elle, pensant au retard pris dans les programmes. Et d’ajouter : «Moi, j’avais mon masque, les élèves aussi, j’ai maintenu la distance. C’est exagéré d’avoir renvoyé tout le monde pour un seul cas avéré.»

2 700 élèves attendent encore la rentrée
Le secrétaire général du rectorat n’est pas loin de le penser, regrettant que certains maires aient fermé les écoles de leur commune «dans l’urgence et sans concertation». Ce principe de précaution, Ericka Bareigts, maire de Saint-Denis, le chef-lieu, l’a enfourché sans hésitation, reportant la rentrée pour 24 écoles, dans les quartiers du Bas de la Rivière et du Chaudron notamment, où des clusters ont été découverts. Soit 2 700 élèves qui n’ont toujours pas rouvert leurs cahiers.

Maélia devrait être dans sa classe de CM2 à l’école Herbinière-Lebert. Au lieu de cela, elle fait ses devoirs, envoyés par l’enseignant, dans sa petite chambre de logement social dans le quartier populaire de Sainte-Clotilde. Joëta Madély, sa mère, l’aide tant bien que mal. «Les fractions, ça commence à être compliqué, soupire la quadragénaire. On avait acheté les effets scolaires, elle était impatiente d’y aller. J’ai peur qu’elle ne prenne du retard pour son entrée en sixième

Mais les maires doivent faire face à l’inquiétude de nombreux parents d’élèves. Les uns ont cadenassé le portail d’une école, les autres manifesté devant les grilles, dans les deux cas pour exiger la fermeture en raison de cas suspects. «Il n’y a pas de circuit de contamination dans les établissements, notre protocole fonctionne», répète Francis Fonderflick. Mais malgré tout, le taux d’absentéisme a doublé, approchant les 10%. Le secrétaire général du rectorat espère convaincre Saint-Denis de rouvrir ses écoles avant le 7 septembre, la date annoncée à ce jour. En attendant, après une réunion avec les 24 maires de l’île, le préfet est désormais le seul à avoir l’autorité pour fermer un établissement scolaire.

(1) Au total, 1 372 cas ont été répertoriés depuis le 11 mars, provoquant deux décès d’habitants de la Réunion.

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