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L'actu vue par Laurent DECLOITRE

L'actu vue par Laurent DECLOITRE

Les articles de Laurent Decloitre (journaliste et biographe) sur la Réunion et l'océan Indien parus dans Libération, Marianne, Paris Match, l'Express, Géo et la presse nationale.

Publié le par Laurent DECLOITRE
Publié dans : #Articles parus dans Libération
La marée noire causée par le «Wakashio», vendredi, au sud-est de l'île Maurice. (E.Villars, AP)

La marée noire causée par le «Wakashio», vendredi, au sud-est de l'île Maurice. (E.Villars, AP)

Un navire japonais s’est échoué au large de Maurice, dans l’océan Indien, déversant des nappes d’hydrocarbures sur les côtes de l’île. La France, via La Réunion, a dépêché des moyens de lutte.

Libération du 10 août 2020, de notre correspondant à La Réunion, Laurent Decloitre

« Nous avons essayé de placer un barrage de confinement autour du navire, mais cela ne fonctionne pas bien en raison des fortes vagues »… Le porte-parole de Mitsui OSK Lines, la société japonaise qui exploite le vraquier Wakashio, échoué depuis le 25 juillet à quelques centaines de mètres de la Pointe d’Esny, au Sud-Est de Maurice, a reconnu samedi son impuissance. Depuis le 6 août, 200 tonnes de diesel et 3800 d’huile lourde s’échappent des cales du navire battant pavillon panaméen, polluant les côtes paradisiaques de l’île touristique. Les racines des mangliers du Vieux Grand Port et les palétuviers des mangroves trempent dans les hydrocarbures, la Rivière des Créoles luit de goudron, les sites de Falaise rouge, Bois des Amourettes, Quatre sœurs… sont également souillés. La marée noire menace même l’îlot des Aigrettes, qui abrite des espèces endémiques, comme les zoiseaux-lunettes et les pigeons rose lisse (voir Libération du 12 février 2016) et le parc marin de Blue Bay, connu pour ses tortues marines. Le gouvernement mauricien a décrété l’état d’urgence environnementale et a fermé les écoles qui font face au naufrage, en raison des vapeurs délétères.

Sous les critiques de l’opposition, après plusieurs jours d’atermoiement, le premier ministre Pravind Jugnauth a reconnu que son pays (1,3 million d’habitants) « n’a pas l'expertise ni les moyens de remettre à flot des bateaux en difficulté » et a demandé l’aide de la France. Emmanuel Macron s’est aussitôt fendu d’un tweet pour promettre son soutien : « Lorsque la biodiversité est en péril, il y a urgence d’agir. La France est là, aux côtés du peuple mauricien ». Samedi, un avion tactique de transport militaire, chargé de matériel de lutte contre la pollution, a décollé de La Réunion, située à 200 km de Maurice, et livré 600 mètres de barrages flottants. Le Champlain, un bâtiment de soutien et d’assistance de la Marine nationale, a également appareillé pour acheminer ce dimanche 5 tonnes de matériel, dont des récupérateurs et autres écrémeuses d’huile. Sous l’effet d’une houle de trois mètres, le Wakashio, encastré sur les récifs coralliens, pourrait se briser en deux. « Si la cargaison se répand, les effets seraient dévastateurs dans tout l’océan Indien », s’est inquiétée à Paris Annick Girardin, ministre de la Mer. A ce jour, La Réunion semble cependant à l’abri de la marée noire. « Au regard des conditions météorologiques et de courant sur trois jours, la pollution devrait rester localisée sur les côtes mauriciennes », rassure la préfecture de La Réunion. Le préfet Jacques Billant a toutefois activé une cellule de crise.

Dimanche, les vingt membres d’équipage, jusqu’alors confinés, ont pu sortir de leur quarantaine après avoir été testés négatifs au Covid 19. Le capitaine du navire, lui, a été hélitreuillé à bord du navire par la police mauricienne qui cherche à connaître les causes de l’accident. Les agents du Central criminal investigation department ont saisi le carnet de bord et plusieurs documents, rapporte le site d’information Défi Média. De nouvelles fissures ont été constatées sur l’épave, mais la cuve endommagée a pu être entièrement vidangée, a assuré un conseiller du Premier ministre sur les ondes de Radio Plus. Plus de 500 tonnes d’huile lourde ont été pompées et les hydrocarbures ne se déverseraient plus en mer.

Sur la côte, des centaines de bénévoles et de nombreux élus se pressent pour nettoyer les rives et confectionner de boudins flottants à base de nylon et de bas... Face au manque de moyens, les Mauriciens font feu de tout bois : l’appel « Donn seve pou sov nou lagon » (donnez vos cheveux pour sauver notre lagon) a ainsi été lancé. L’idée semble saugrenue, mais il s’avère que les cheveux, lipophiles, absorbent le gras et pourraient éponger les hydrocarbures. Une jeune députée, Joanna Bérenger, a coupé ses longs cheveux , les salons de coiffure collectent les tifs de leurs clients, une association de défense des animaux, l’ONG Paws, récupère les poils des toutous et matous… Une association française, Coiffeurs justes, a même proposé d’envoyer 20 tonnes de cheveux. Les habitants ramassent également de la paille de canne à sucre dans les champs, pour remplir les boudins. Cette marée noire est une catastrophe pour Maurice, dont les recettes touristiques ont déjà plongé depuis l’épidémie du Covid 19,  les liaisons aériennes avec l’extérieur étant suspendues jusqu’en septembre.

De notre correspondant à La Réunion, Laurent DECLOITRE

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