Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
L'actu vue par Laurent DECLOITRE

L'actu vue par Laurent DECLOITRE

Les articles de Laurent Decloitre (journaliste et biographe) sur la Réunion et l'océan Indien parus dans Libération, Marianne, Paris Match, l'Express, Géo et la presse nationale.

Publié le par Laurent DECLOITRE
Publié dans : #Articles parus dans Libération
Les porteurs du projet sont des chefs d'entreprise de La Réunion. (crédit Ansamb)

Les porteurs du projet sont des chefs d'entreprise de La Réunion. (crédit Ansamb)

Deux semaines avant la métropole, une application locale va permettre d’alerter les habitants ayant croisé une personne tombée malade dans les jours suivants.

Libération du 6 mai 2020, de notre correspondant Laurent DECLOITRE

Alors que l’application Stop-Covid, controversée, doit être lancée le 2 juin en métropole, les Réunionnais, eux, devraient pouvoir se servir de leur téléphone portable dès lundi 11 mai pour vérifier s’ils croisent des personnes contaminées. En ce premier jour de déconfinement, les habitants du département d’outre-mer auront en effet à disposition une appli « péï », Alertanoo ("alertez-nous" en créole). « Le système met en interaction les citoyens, comme le fait Waze pour la circulation sur les routes. Ce n’est pas une appli qui flique et envoie des blouses blanches sans qu’on ait notre mot à dire », prévient Alfred Chane Pane. Cet imprimeur est à l’initiative du projet, avec deux autres chefs d’entreprise réunionnais d’origine chinoise. Alfred Chane Pane, qui dirige également une compagnie d’hélicoptères, a de la famille à Taïwan et à Singapour ; il s’est inspiré des mesures prises en Asie par les autorités, « mais en moins liberticide », rassure-t-il.

Le principe : il faut télécharger Alertanoo sur le store de son téléphone. L’utilisateur déclenche l’appli à sa guise, lorsqu’il arrive dans une zone d’affluence. Et l’éteint lorsqu’il est seul, dans sa voiture ou à la maison. Au supermarché, son portable enregistre les identifiants cryptés des personnes croisées qui ont elles-aussi l’application ouverte. Le système utilise Bluetooth mais également internet et des ultra-sons. L’emploi de ce logiciel, en l’occurrence Google Nearby, éviterait les problèmes de compatibilité entre appareils et serait plus fiable, assure le développeur, Philippe Arnaud, dirigeant de la société Medialight. Nearby avait pourtant été abandonné par Google en 2018 car ses utilisateurs se plaignaient de spams trop nombreux… Mais il était alors utilisé par les enseignes pour du street marketing.

Voilà que notre utilisateur tombe malade. Son médecin, après analyses, l’informe qu’il a contracté le virus ; il lui propose de prévenir les personnes croisées les 21 jours précédents, alors qu’il pouvait être contagieux sans présenter de symptômes. « On ne viole pas le secret médical, c’est le patient qui décide d’informer de sa situation, sans que son nom ou les lieux où il s’est rendu soient dévoilés », précise Christine Kowalczyk, présidente de l’Union régionale des médecins libéraux. Philippe Arnaud insiste sur ce dernier point : « Alertanoo n’est pas une application de tracing ou de tracking, comme Stop Covid ».

Si le patient est d’accord, le généraliste se connecte à un portail et reçoit un code, unique et provisoire, qui permet d’envoyer un push d’alerte aux personnes concernées. Les données collectées ayant transité par le serveur et les téléphones sont alors effacées. C’est le médecin, et non le malade, qui obtient le déverrouillage, pour éviter que « des petits malins ne lancent de fausses alertes ».

« Mes confrères seront partants, espère Christine Kowalczyk, car ce sera le seul moyen d’éviter que l’épidémie ne redémarre ». A la Réunion, on dénombrait mardi 6 mai 425 cas et aucun décès. Pour être efficace, toutefois, « il faudrait que 70% de la population soit équipée de l’application », reconnaît Alfred Chane Pane. Une campagne publicitaire, d’un montant de 200 000 euros, sera lancée lundi à cet effet. Le projet a bénéficié d’une subvention de 50%, pour la conception de l’application, du ministère des Outre-Mer, soit 35 000 euros. Le reste a été financé par les porteurs du projet, réunis au sein du collectif Ansamb (ensemble en créole), qui ne vise aucun profit. « L’important, c’est que la vie sociale et économique de notre île redémarre », soutient Pascal Thiaw Kine, patron des supermarchés Leclerc à La Réunion et partenaire. Les codes de l’appli seront même publiés en open source, d’autres territoires d’outre-mer ayant manifesté leur intérêt.

Commenter cet article