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L'actu vue par Laurent DECLOITRE

L'actu vue par Laurent DECLOITRE

Les articles de Laurent Decloitre (journaliste et biographe) sur la Réunion et l'océan Indien parus dans Libération, Marianne, Paris Match, l'Express, Géo et la presse nationale.

Publié le par Laurent DECLOITRE
Publié dans : #Articles parus dans Libération
Le chef de l'Etat a terminé son séjour, agité, par un pique-nique plus convivial... (photo Richard Bouhet, AFP)

Le chef de l'Etat a terminé son séjour, agité, par un pique-nique plus convivial... (photo Richard Bouhet, AFP)

Entre démonstration de force contre l'immigration clandestine et annonces économiques et sociales, le Président a bouclé sa tournée de quatre jours dans l'océan indien.

De notre correspondant, Laurent DECLOITRE, Libération du 25 octobre 2019

A Mayotte, première étape de cette tournée de quatre jours, le chef de l'Etat a montré les muscles débarquant sur l'île à bord d'un canot à moteur de l’opération Shikandra, histoire de réaffirmer la fermeté de l’Etat dans la lutte contre les immigrés clandestins dans le 101e département français. Au total, 48% de la population est d’origine étrangère à Mayotte, dont plus de la moitié en situation irrégulière, arrivant des Comores, voisines de 70 km. «Vous avez vu les chiffres du RN ici, les habitats insalubres, la difficulté économique. Ça a une résultante : les Mahorais disent "si vous laissez l’immigration clandestine, il n’y a plus de règles, comment je fais pour vivre"», a fait valoir le Président.

Politiquement, pour celui qui veut incarner la ligne progressiste face aux populistes, la partie est rude dans cette partie de la France : aux élections européennes, la liste du parti de Marine Le Pen a remporté 46% des voix à Mayotte, contre 8,9% pour celle de La République en marche. Le gouvernement affiche donc son objectif de parvenir à 25 000 expulsions de clandestins en 2019. Au 1er octobre, on dénombrait déjà 22 000 reconduites. Une politique du chiffre insuffisante aux yeux du Collectif de citoyens de Mayotte, qui, même après le passage présidentiel, dénonce «l’inaction de l’Etat».

macron mayotte immigration clandestine shikandra
Emmanuel Macron à son arrivée à l'aéroport de Mayotte. (photo Samuel Boscher AFP)

Côté développement économique, Emmanuel Macron a évoqué le contrat de convergence et de transformation qui prévoit d’injecter 1,6 milliard d’euros d’ici 2022 dans l’éducation, la santé, les transports, les infrastructures de Mayotte. En jeu entre autres, la construction d'une piste longue sur l'aéroport pour faciliter l'atterrissage de plus gros avions, ce qui permettra de relier la métropole sans escale.

Entre Mayotte et la Réunion, Emmanuel Macron a effectué mercredi un passage éclair sur l’île de Grande Glorieuse, un îlot corallien situé au nord de Madagascar. Deux heures dans la touffeur de cet archipel de 7 km², où vivent 2 590 espèces dont 20% menacées de disparition et où des milliers de tortues viennent pondre. Le chef de l'Etat a confirmé que ce parc naturel marin serait classé réserve naturelle nationale l’an prochain. Les autres îles éparses – Europa, Tromelin, Juan de Nova et Bassas da India – ont elles aussi «vocation à être classées». Dans cette logique, le chef de l’Etat a signifié une fin de non-recevoir à une société américaine, qui souhaitait voir renouvelé son permis d’exploration pétrolière et gazière dans la zone.

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Des milliers de tortues éclosent sur Glorieuse et Europe. (photo LD)

Alors que la présence de militaires garantit la souveraineté française, ces îles qui étendent la zone économique exclusive de la France, sont revendiquées par Madagascar et Maurice. Sur son compte Twitter, le président malgache, Andry Rajoelina, a d’ailleurs réagi à la visite du président français : «Le respect de l’intégrité territoriale et la défense de nos intérêts passent par le dialogue. Ayez confiance en notre détermination et notre patriotisme.» Réponse de Macron : la commission mixte France-Madagascar débutera ses travaux dès novembre, afin de parvenir à un compromis d’ici le 26 juin 2020, soixantième anniversaire de l’indépendance de Madagascar.

A la Réunion, Emmanuel Macron s'est retrouvé face à une flambée de violences sociales. Dès son arrivée mercredi soir, il était attendu par une centaine de manifestants, emmenés par les gilets jaunes et refoulés par les gendarmes devant l’aéroport. Pendant sa visite du quartier populaire des Camélias, les face-à-face tendus avec les habitants se sont multipliés. Et dans la nuit de jeudi à vendredi, des groupes de jeunes, torses nus et encagoulés, ont brûlé des poubelles et une vingtaine de voitures à Saint-Denis et au Port. A la Réunion, 42% des 15-29 ans sont au chômage.

D'où le plan «Pétrel», du nom d’un oiseau marin, d’un montant de 700 millions d’euros sur trois ans, présenté par Macron, qui prévoit de nouvelles aides pour les entreprises : exonération des cotisations patronales sur les salaires jusqu’à deux fois le smic ; élargissement sans plafonnement du dispositif des emplois francs, avec à la clé des primes sur trois ans de 7 500 à 15 000 euros pour le recrutement d’une personne éloignée de l’emploi. «Je préfère aider un employeur qui donne un CDI que payer durablement un RSA à un jeune», a revendiqué le chef de l’Etat. Il a toutefois promis de financer 12 000 PEC (parcours emploi compétence) par an jusqu’à la fin de son mandat, un «amortisseur minimum indispensable». Face aux membres du conseil consultatif citoyen et de l’Observatoire des prix, des marges et des revenus, qui dénoncent le surcoût de la vie dans l'île, le chef de l’Etat a évoqué une «plateforme d’alerte», à disposition des consommateurs et s’est encore dit prêt à réfléchir au financement d’un «panier alimentaire réunionnais».

Alors que la polémique a été relancée en métropole sur les mères voilées accompagnatrices de sorties scolaires, Emmanuel Macron a temporisé : «Ce qui se passe dans l’espace public, ce n’est pas l’affaire de l’Etat ou du président de la République. Ce qui se passe dans les services publics, c'est l'affaire de l'Etat.» Mais il a rappelé que «le voile est utilisé dans certains quartiers comme instrument de revendication et de séparatisme dans la République, qu’on appelle communautarisme. Et ça, c’est un problème pour moi». Un discours destiné à sa majorité et à la droite en métropole, totalement inaudible à la Réunion où la question ne se pose pas dans cette société pluriculturelle.

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Le Piton de la Fournaise est entré en éruption le jour du départ d'Emmanuel Macron (photo archives LD)

Vendredi, la visite présidentielle s'est terminée par une éruption du piton de la Fournaise et un pique-nique sur la plage de Grande Anse, avec les exploitants agricoles. Emmanuel Macron a annoncé la création d’un fonds d’action de 45 millions d’euros pour, entre autres, parvenir en 2030 à l’autonomie alimentaire de l’île. Au passage, vantant les filières agricoles innovantes, il s’est dit «plutôt favorable au cannabis thérapeutique». De quoi relancer un débat bien français.

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