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L'actu vue par Laurent DECLOITRE

L'actu vue par Laurent DECLOITRE

Les articles de Laurent Decloitre (journaliste et biographe) sur la Réunion et l'océan Indien parus dans Libération, l'Express et la presse nationale.

Publié le par Laurent DECLOITRE
Publié dans : #Articles parus dans Libération
Le requin-bouledogue, présent sur les côtes réunionnaises, est l’une des cinq espèces qui peuvent être dangereuses pour l’homme. Photo Gérard Soury. Biosphoto

Le requin-bouledogue, présent sur les côtes réunionnaises, est l’une des cinq espèces qui peuvent être dangereuses pour l’homme. Photo Gérard Soury. Biosphoto

LIBERATION DU 29 JUIN 2017, de notre correspondant Laurent DECLOITRE

"L'Etat a sciemment
mis en danger la vie des gens"

L'ancien président du Medef de La Réunion accuse l'Etat d'avoir encouragé la concentration des requins en autorisant l'installation de récifs artificiels.

Depuis qu’il n’est plus le patron des patrons, Yann de Prince, ancien président du Medef de La Réunion, plonge dans les eaux troubles de la polémique. Prenant fait et cause pour les surfeurs et baigneurs de l’île - depuis 2011, 21 attaques de requins ont causé neuf morts, la dernière en avril – le chef d’entreprise tire à boulets rouges sur les pouvoirs publics. Il a assuré hier que «les représentants de l’Etat ont sciemment exposé la vie des gens à un péril certain», en autorisant la pose de récifs artificiels en 2012. Et d’exhumer les annexes d’un arrêté préfectoral de juillet de cette année, qui posent effectivement question.

On apprend dans ce document officiel que «l’effet concentrateur des récifs artificiels sur les petits poissons pélagiques peut éventuellement conduire, dans certaines conditions et à certaines périodes, à la concentration des prédateurs naturels de ces espèces, comme les requins côtiers : la sédentarisation de requins bouledogue augmentant potentiellement le risque pour les activités nautiques humaines doit être particulièrement étudiée». Pourtant, l’annexe de l’arrêté indique que les dispositifs ont été posés «à proximité des zones de baignades et de surf parmi les plus populaires de La Réunion» : dans les baies de Saint-Paul et de Saint-Leu, et au large de la Possession, du Port et des Avirons, communes balnéaires de l’ouest de La Réunion. Yann de Prince en conclut que les émanations de l’Etat – Direction de la mer sud océan Indien, Institut de recherche pour le développement (IRD), Direction de l’environnent et Réserve marine – «ont pris part à cette situation odieuse et inqualifiable conduisant à ce que des personnes soient attaquées, mutilées voire tuées».

«Poisson qui retrouve l'océan»

La vérité est toutefois plus complexe. C’est le comité régional des pêches maritimes (CRPM) de La Réunion, instance privée, qui a demandé la pose des récifs afin d’augmenter ses prises. Les pêcheurs seraient-ils les vrais responsables ? «Des récifs artificiels, il y en a partout dans le monde, rétorque Jean-René Enilorac, président du CRPM en 2012. Aux Antilles, aux Etats-Unis, au Japon… où il n’y a pas d’attaque.» Autre élément, plus tangible : dans le cadre du projet Charc, lancé en 2011 pour étudier le comportement des requins bouledogues et tigres, plus de 80 squales ont été capturés et marqués, puis suivis via des stations d’écoute sous-marines. L’une d’entre elles était installée… sur un des récifs artificiels incriminés, aux Avirons. Résultat publié dans un rapport de l’IRD : le dispositif de concentration de poissons a été visité par des requins durant 37 heures… en deux ans et demi, contre 194 heures en moyenne sur chacune des 53 autres stations.

Même s’il est donc difficile, dans ces conditions, d’imputer la recrudescence des attaques à cette seule cause, Yann de Prince encourage les Réunionnais à intenter une action judiciaire contre l’Etat. Amaury de Saint-Quentin, nommé hier matin nouveau préfet de La Réunion, ne croyait pas si bien dire lorsqu’il s’est comparé, lui le natif de Nouvelle-Calédonie au «poisson qui retrouve l’océan»

Laurent Decloitre LA RÉUNION, de notre correspondant

 

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