Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
L'actu vue par Laurent DECLOITRE

L'actu vue par Laurent DECLOITRE

Les articles de Laurent Decloitre sur la Réunion et l'océan Indien parus dans Libération, l'Express et la presse nationale.

Publié le par Laurent DECLOITRE
Les kanwars s'entrecroisent sur la route de Grand Bassin, lors du Mahashivaratree à Maurice.

Les kanwars s'entrecroisent sur la route de Grand Bassin, lors du Mahashivaratree à Maurice.

IMPRESSIONNANT PÈLERINAGE HINDOU À MAURICE

Un pays plongé dans la ferveur de Shiva

Le Maha Shivaratri mauricien est l’un des plus grands rassemblements religieux au monde. Près de 600000 fidèles, sur une population de 1,2 million, ont effectué un long et coloré pèlerinage pour se rendre à un lac et en ramener l’eau sacrée.

Lors du Mahashivaratree de Maurice, les fidèles prient sur le lac sacré de Grand Bassin.Shikha, 21 ans, garde un sourire extatique malgré la fatigue. La Mauricienne, qui travaille dans un centre téléphonique, a pris deux jours de congés pour répondre à l’appel de Shiva, le dieu suprême dans le panthéon hindou. Elle a marché une nuit et un matin depuis Montagne Longue, un village du nord de Maurice, pour se rendre 45 km au sud, à Grand Bassin. C’est là que resurgirait le Gange - le fleuve indien- dans le Ganga Talao, un petit lac considéré comme sacré depuis la fin du 19ème siècle par les Mauriciens, de confession hindoue pour 80% d’entre eux. Avec une quinzaine de voisins et de cousins, Shikha a tiré un char où trône une statue noire de Shiva, contrairement à la plupart des autres « kanwars », où la peau du Dieu, à la fois créateur et destructeur, est bleue. « Faire cet effort, puis prier ensemble, ça renforce l’esprit d’équipe. C’est une tradition chez nous », confesse la pénitente, allongée à même le carrelage du temple qui domine l’ancien cratère.
Comme Shikha, près de 600 000 Mauriciens, soit un habitant sur deux, ont accompli en cette fin février le long pèlerinage du Maha Shivaratri ! Une des plus importantes manifestations religieuses au monde, qui provoque d’énormes bouchons sur les routes serpentant entre les champs de canne à sucre. Et paralyse, de fait, l’économie de ce pays de l’océan Indien durant une semaine. Pourtant, les fidèles gardent le sourire ; le long des routes surchargées, les habitants offrent des boissons, des gâteaux, des galettes…
Les kanwars s'entrecroisent sur la route de Grand Bassin, lors du Mahashivaratree à Maurice.Pour laisser passer les imposants kanwars multicolores, les pèlerins soulèvent les fils téléphoniques avec une gaulette en bambou. On croise ici un taureau blanc, là la déesse Kali et ses huit bras, partout Shiva, armé de son trident, au sourire énigmatique. Lorsqu’ils ne sont pas sur roulettes, les kanwars sont portés par les hommes qui se relaient, transpirant sous le soleil de l’été austral. La musique religieuse, aux accents incantatoires, se mêle à la techno embarquée, préférée par les jeunes.

Bouchons et frissons

Danraj Chamaree, lui, a choisi cette année de « revenir à la tradition », moins ostentatoire. Le chef de famille a poussé sur le côté de sa petite véranda en béton le poste à souder et ses outils d’ouvrier pour laisser place à ses enfants, neveux, cousins… À quelques heures du départ, tous s’affairent avec ferveur à enrober de papier rouge et blanc des baguettes de bambou entrecroisées, en forme de panier ou de pyramide ajourée. Chacun va transporter son modeste kanwar, depuis le village de Saint-Paul, à une quinzaine de km de Grand Bassin, au son des tambours tamouls.
Lors du Maha Shivaratree de Maurice, les Mauriciens hindous décorent des kanwars.Une fois arrivés au lac sacré, les pèlerins, qui sortent d’un carême de deux à cinq semaines, prient longuement sur les berges du lac. Ramnath, bonnet noir, short blanc, accompagne sa mère, drapée dans un élégant sari bleu et or. « J’ai marché deux jours, maman est arrivée en voiture », confie le jeune homme. Avec solennité, ils allument de l’encens et des bougies sur des feuilles de bananier transformées en frêle esquif. Petite queue de cheval, Suvasagar Ramgolam, prêtre indien installé à Maurice depuis 16 ans, rappelle la signification des offrandes : lait yaourt, beurre, miel, et sucre symbolisent les cinq éléments du monde que sont le ciel, le vent, l’eau, le feu et la terre.
Malgré la foule, la ferveur s’exerce paisiblement, les pénitents acceptant même, tout sourire, les photos des rares touristes. Girish Dabeesingh, le président de l’association qui gère le temple, n’est pas surpris. Dans un parfait français, celui qui a ressenti « des frissons » en visitant le tombeau de Jésus à Jérusalem, garantit « la tolérance » de ses fidèles. Entre deux tintements de cloche, le laïc dit lutter contre les dérives fanatiques et respecter « toutes les religions du monde ».
Les pénitents du Mahashivaratree à Maurice, ramènent de l'eau sacrée.Afin de ramener de l’eau sacrée, chacun a plongé dans le lac une bouteille en plastique portée ensuite dans une espèce de chaussette. Il faut revenir au village, avant le vendredi soir, moment clé du Maha Shivaratri. Durant toute la nuit, les fidèles vont alors prier au temple, autour du Shiva Lingam, un petit obélisque de pierre symbolisant le Dieu, et l’arroser de la précieuse eau bénie. Ramnat est confiant : l’an dernier, il a confié ses secrets à Shiva et « tous les vœux ont été exaucés ».
Laurent DECLOITRE
Un Mauricien sur deux effectue le pèlerinage du Mahashivaratree à Maurice.

Un Mauricien sur deux effectue le pèlerinage du Mahashivaratree à Maurice.

Le Maha Shivaratri de Maurice
Le Maha Shivaratri de Maurice
La croix svastika est une emblème fréquente chez les Hindous.

La croix svastika est une emblème fréquente chez les Hindous.

Le Maha Shivaratri de Maurice
Le Maha Shivaratri de Maurice
Le Maha Shivaratri de Maurice

Commenter cet article