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L'actu vue par Laurent DECLOITRE

L'actu vue par Laurent DECLOITRE

Les articles de Laurent Decloitre sur la Réunion et l'océan Indien parus dans Libération, l'Express et la presse nationale.

Publié le par Laurent DECLOITRE
Publié dans : #Articles parus dans Libération
Île aux flamants ou au sable, dans le lagon de Maurice.

Île aux flamants ou au sable, dans le lagon de Maurice.

Libération du , de notre envoyé spécial, Laurent DECLOITRE
Photos : Pierre MA
RCHAL

Îlot Mangénie ou du Mouchoir rouge, île aux Serpents ou aux Fous… Abritées dans un vaste lagon ou affrontant l’océan Indien, une quinzaine d’îles émergent au large de Maurice, offrant un patrimoine naturel et historique inédit.

La noix de coco, coupée en deux, tangue sur les vaguelettes, avec, en guise de mât, un bâton d’encens planté dans sa chair blanche. Rita Gherbu, mère de trois enfants, drapée dans un sari coloré, prie pour la déesse Ganga en ce jour de novembre, une des fêtes hindoues célébrées à Maurice. « C’est pour nous purifier, avoir du travail et une bonne santé », confie son mari, « soudeur d’antivols », qui regarde s’éloigner l’offrande dans la baie de Mahébourg, au Sud-Est de l’île. Nitish Chamroo, lui-aussi, « adore la mer ». Mais le pêcheur de langoustes et de mérous en veut à Dieu et ses avatars : son frère s’est noyé lors d’une sortie. « Notre métier est dangereux. Il faut marcher sur la barrière et plonger dans le tombant quand la houle se retire », raconte le quadragénaire, sabre de corsaire et tête de mort tatoués sur l’avant-bras. Nitish plante son harpon juste en face, dans les eaux grondantes de l’île de la Passe, là où tonnèrent espingoles, pierriers et canonnades en 1810.

VICTOIRE DE NAPOLÉON

Le bloc crènelé de corail ocre, ancré sur la barrière récifale, est un rempart contre l’océan…et l’ennemi. Les Français, qui avaient pris possession de Maurice en 1715, y ont érigé, avec l’aide d’esclaves, un fort de grès et basalte. L’île, où subsistent les ruines d’une poudrière et d’une chapelle à l’étrange forme pyramidale, surplombe une passe sinueuse ouvrant sur le « grand port » de l’époque, Mahébourg. Les Anglais, qui convoitaient cette escale sur la route des Indes, prirent l’aride rocher en août 1810. Mais le capitaine Duperré, « le meilleur navigateur de sa génération », juge l’historien Jocelyn Chan Low, parvint à franchir le blocus anglais et s’empara d’un vaisseau ennemi. Deux autres frégates s’échouèrent et furent incendiées. « La plus grande victoire navale de Napoléon », assène Chan Low, moins admiratif sur la suite des événements : « Duperré fit l’erreur de laisser s’enfuir la dernière frégate à Rodrigues ». C’est de là que les renforts anglais réarmèrent pour débarquer cette fois au Nord de Maurice, mettant fin, en décembre 1810, à près d’un siècle de présence française. Maurice resta anglaise jusqu’en 1968, date de l’indépendance de l’île.

PRISON ET QUARANTAINE

À un demi-mille marin de la passe, l’île Fouquet, flanquée d’un phare en piteux état, fut le théâtre d’un épisode moins glorieux. En 1693, le protestant François Legat, chassé de France, tenta de fonder une cité utopique dans l’océan Indien. Mais les Hollandais, alors maîtres des lieux, le ramenèrent à la raison… en le séquestrant sur l’îlot ! Jean-Marie Le Clézio évoque une autre prison dans son roman initiatique « La Quarantaine » (Gallimard) : l’île Plate, au Nord de Maurice, « une île mémoire, traversée par une onde », selon l’écrivain. À l’arrière des plages où se baignent aujourd’hui les plaisanciers, une grande partie des 280 000 « engagés » indiens, recrutés par les Anglais après l’abolition de l’esclavage en 1833, furent placés en isolement. Les colons craignaient la propagation du choléra et de la variole. Anneaux de forban aux deux oreilles, Jérôme Hilaire connaît bien les lieux ; il y emmène des touristes à bord d’un catamaran, parfois accompagné de dauphins à long bec. « On entend des cris dans l’ancien cimetière, jure le pilote. Certains disent que l’île est hantée par nos ancêtres »…

PAILLE-EN-QUEUE ET ZOISEAU LUNETTES

Un chenal translucide, parsemé de patates de corail en éventail, sépare l’île Plate de l’îlot Gabriel, où le promeneur opiniâtre peut défricher là-aussi une tombe, une croix... Les vestiges sont enfouis sous des plants de Baume aux feuilles visqueuses, dont les radicelles orange s’emmêlent au sol. Sous les veloutiers verts, nichent de surprenants paille-en-queue, oiseaux marins dont les plumes effilées ressemblent à une ficelle blanche ou rouge. L’État mauricien vient de suspendre le bail qu’il avait accordé à un privé, coupable de ne pas avoir respecté cet environnement magique. Le gouvernement fait davantage confiance à l’ONG Mauritius Wildlife Foundation, à qui il a confié la gestion de l’île Ronde, également dans le Nord mais interdite d’accès, et de l’île aux Aigrettes, dans le Sud-Est.

Là, il faut suivre le tresse virevoltante de la volubile Rose-Marie Pierre, qui guide les visiteurs à travers une forêt… d’arbres nains. « Les Hollandais avaient coupé tous les pieds d’ébène, justifie la ranger. On replante mais il faut du temps pour que ça repousse ». Un bois de fer émerge : il fut épargné, car « trop dur, il cassait les lames des scies ». Des tortues terrestres géantes se prélassent entre les pandanus et autres bois de chandelle, des chauves-souris cachent un corps recouvert de poil roux sous leur parapluie noir, accrochées la tête en bas. Nous tombons sur de minuscules zoiseaux-lunettes, yeux cernés d’un anneau blanc : il ne reste que cinquante spécimens sur la planète. Également endémique, un pigeon rose lisse ses ailes sous les racines tentaculaires et tombantes d’un banian étrangleur ; dans la réserve marine contigüe de Blue Bay, de paisibles tortues se laissent approcher par les amateurs de palme-masque-tuba.

ALCOOL ET ROSES BLANCHES

Les Mauriciens, eux, préfèrent faire des vagues… Le 26 décembre de chaque année, ils se donnent rendez-vous sur l’île Bernache ou, début janvier, sur l’île aux Bénitiers. « C’est trop rigolo ; des amis français se croyaient en Californie », s’épanche Sandrine Petit, plus habituée au cadre feutré et exclusif du golf Sun Resorts, qui occupe la moitié de la surface de l’île au Cerf et dont elle assure la communication. Lors de ces « spring breaks », des milliers de jeunes passent l’après-midi dans l’eau à boire des « jungle juice » alcoolisés. Mais les plus argentés optent pour le champagne et l’île aux Flamants, un banc de sable étincelant, incongru dans le lagon. Le skipper Mike se souvient d’un couple russe qui s’y est marié, arrivé en hélicoptère et foulant pour « 3000 dollars de roses blanches » éparpillées sur la dune. C’est ce que gagnerait le pêcheur Nitish s’il parvenait à ramener dans sa barque trois tonnes de poisson…

Laurent DECLOITRE

D’île en île

Se rendre à Maurice

Pour les fêtes de fin d’année, préférez Air Austral (1500€) à Air France (2100€) ou Air Mauritius (2000€). (exemple de vol du 26 décembre au 3 janvier)

Se loger près des îles

Îles du Nord : dans la baie aux tortues, le Ravenala, rénové de fond en comble, ou le Maritim et son restaurant gastronomique.
Îles du Sud-Est : le Shandrani, face au parc marin de Blue Bay, tout près de l’aéroport.

Naviguer

En hors-bord : Aqua Soleil
À bord d’un catamaran : Segatours

Lors de la fête de Ganga Asnam, les Mauriciens hindous rendent grâce à la mer.

Lors de la fête de Ganga Asnam, les Mauriciens hindous rendent grâce à la mer.

Le paille-en-queue est protégé sur les îles du Nord, au large de Maurice.

Le paille-en-queue est protégé sur les îles du Nord, au large de Maurice.

Jérôme Hilaire, ici devant l'île Coin de Mire, craint que l'île Plate soit hantée.

Jérôme Hilaire, ici devant l'île Coin de Mire, craint que l'île Plate soit hantée.

Le pigeon rose est un oiseau endémique de l'île aux Aigrettes, dans le lagon de Maurice.

Le pigeon rose est un oiseau endémique de l'île aux Aigrettes, dans le lagon de Maurice.

L'île de la Passe fut l'enjeu de la bataille du grand port en 1810 entre Français et Anglais.

L'île de la Passe fut l'enjeu de la bataille du grand port en 1810 entre Français et Anglais.

L'île au Cerf, qui abrite un golf, se partage entre la mangrove et le sable blanc.

L'île au Cerf, qui abrite un golf, se partage entre la mangrove et le sable blanc.

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