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L'actu vue par Laurent DECLOITRE

L'actu vue par Laurent DECLOITRE

Les articles de Laurent Decloitre sur la Réunion et l'océan Indien parus dans Libération, l'Express et la presse nationale.

Publié le par Laurent DECLOITRE
Publié dans : #Articles parus dans l'Express
Le cavadee, moment fort de la religion tamoule, est aussi une découverte touristique.

Le cavadee, moment fort de la religion tamoule, est aussi une découverte touristique.

L'Express du 8 avril 2015, de notre correspondant Laurent DECLOITRE, photos Pierre MARCHAL

Hôtels, plages, sport, accueil… À chacun son île

Un bras de fer touristique oppose l’Ile Maurice à la Réunion ? C’est l’occasion de tester ces deux îles. Nous avons passé au crible huit thématiques en notant chacune d’elles sur 10. Les résultats réservent des surprises !

Hébergement

Longtemps à la traine, la Réunion monte en gamme. Un troisième hôtel cinq étoiles, l’Akoya, doit être livré en septembre prochain, à Trou d’eau, face au lagon. Un quatrième, Le Superbe, doit également voir le jour à Saint-Philippe, en 2016, financé par des investisseurs chinois. On reste toutefois bien loin des 40 établissements cinq étoiles de l’Ile Maurice ou des « boutique hôtels », comme le 20 degrés sud, à Grand Baie, qui pousse l’élégance jusqu’aux interrupteurs en porcelaine blanche d’époque. Tous ont les pieds dans l’eau, certains affichant un statut de « palace », tels le Royal Palm, le Prince Maurice ou le Saint-Régis. Maurice envisage même la construction d’un hôtel sept étoiles, à Pointe-des-Lascars, au Nord-Est de l’île. À Dubaï ou Abu Dhabi, il faut débourser plus de 10 000 euros la nuit dans un établissement de ce type…

La Réunion ne vise pas cette clientèle. Son point fort réside dans les gîtes, sous réserve de répondre aux attentes « de plus en plus exigeantes », constate Île de la Réunion Tourisme, des visiteurs. L’IRT a d’ailleurs poussé à la rénovation des gîtes emblématiques du volcan, de Bélouve et du Piton des neiges. Des opérateurs privés proposent d’ores et déjà aux randonneurs un hébergement plus confortable que le lit superposé en dortoir. Citons le Tamaréo, à la Nouvelle ou encore la Miellerie, à Marla, deux des îlets les plus fréquentés du cirque de Mafate. L’IRT souhaite également élever le niveau des nombreuses chambres d’hôtes de l’île. Villa Maïdo, à Saint-Gilles, en est l’une des plus belles réussites. Maryse et Guillaume y offrent une confortable intimité, avec piscine et spa. À Cana Suc, à Sainte-Rose, Jacques et Martine jouent eux la carte du terroir du sud sauvage, forts de leurs trois épis de charme.

Résultat : Ile Maurice 9 / la Réunion 7

Service et accueil

« Le service, c’est avant tout un sourire et deux bras ». Cet hôtelier réunionnais ne cache pas un certain désarroi : un salaire moyen de son établissement correspond, dit-il, à celui de treize Mauriciens ! Prenons le Lux, l’un des deux seuls cinq étoiles de la Réunion : 150 employés pour 180 chambres. Le Lux Bellemare, du même groupe, mais à Maurice, salarie 560 personnes… pour une capacité d’hébergement identique. « Entre ta chambre et la plage, cinq serveurs te disent bonjour », soupire un professionnel de la Réunion.

Mais sur les plages publiques, l’empressement des vendeurs ambulants frôle parfois le harcèlement. De quoi agacer certains touristes. « Nous, on n’en fait pas trop, la chaleur des Créoles est plus naturelle », ne craint pas d’assurer Ariane Loupy, la directrice d’Île de la Réunion Tourisme. Les spécialistes du secteur s’accordent effectivement à reconnaître « des progrès ». Question langues étrangères, certains s’efforcent d’accueillir en mandarin les touristes chinois, mais l’anglais des Réunionnais est souvent hésitant. Alors que les Mauriciens sont souvent trilingues.

Résultat : Ile Maurice 9 / La Réunion 8

Shopping

Ah, le temps béni des contrefaçons mauriciennes, quand les Réunionnais se précipitaient chez les cousins pour acheter des polos Ralph Lauren à prix sacrifié. Depuis quelques années, les grandes marques ont intenté des actions en justice, si bien que le marché multicolore de Port-Louis est moins « intéressant »… À Quatre-Bornes, les touristes les plus malignes continuent malgré tout à faire de bonnes affaires. Hop ! Un Pimkie à 100 roupies (3 euros), alors que l’étiquette indique 17,99€ ! Dans les friperies, on peut encore trouver des caleçons Calvin Klein et des tee-shirts Diesel entre 2 et 6 euros. Pour les marques haut de gamme, Maurice est en revanche aussi cher qu’à la Réunion. Dans la flambant neuve galerie commerciale de Bagatelle, près de Port-Louis, les boutiques sont d’ailleurs vides.

Résultat : Ile Maurice 8 / La Réunion 7

Activités de plein air

Maurice a beau vanter les gorges de Rivière noire et les balades dans la vallée de Ferney, le tourisme vert y est balbutiant. Certes, on peut s’éclater sur la tyrolienne « la plus longue de l’océan Indien ». « Mais ces activités relèvent du parc d’attraction, tacle Agnès Lavaud, du syndicat des professionnels des activités de loisirs de la Réunion, alors que nous avons un vrai parc naturel ». Ici, les touristes peuvent crapahuter sur 850 kilomètres de sentiers. Les must : le cirque de Mafate, la forêt primaire de Bélouve, le Piton de la Fournaise, l’un des volcans les plus actifs au monde…

La Réunion est également un spot reconnu de canyoning : des toboggans ludiques de Trou blanc aux « cassés » vertigineux de Takamaka, il y en a pour tous les niveaux. Autre incontournable : le parapente. Les Colimaçons, sur les hauteurs de Saint-Leu, accueillent chaque année une étape de la coupe du monde. Nul besoin d’être un professionnel : vous pouvez planer avec John Jourdain, gérant d’Air Lagon Parapente, au-dessus des champs de canne, jouer avec les paille-en-queue dont le vol indique les courants ascendants, avant d’atterrir en douceur sur la plage.

Mais pour profiter d’un panorama plus impressionnant encore, rien ne vaut le tour d’hélicoptère. Les appareils d’Hélilagon plongent dans les trois cirques de Mafate, Salazie et Cilaos, pénètrent dans le couloir étroit du Trou de fer, s’échauffent au-dessus des éruptions du massif volcanique, suivent les ébats, en juillet, des baleines venues de l’Antarctique. Bluffant.

Résultat : Ile Maurice 5 / La Réunion 10

Activités nautiques

À cause des requins, il n’est plus possible de surfer en sécurité à la Réunion. L’île est toutefois en train de généraliser l’emploi de filets de protection, de systèmes répulsifs, de vigies sous-marines. Maurice n’a pas de tels soucis, véritable paradis de la planche à voile et du kitesurf, le sport à la mode. Illustration au Club Mistral, à Anse la Raie, dans le nord de l’île. De mai à septembre – la meilleure période pour profiter des alizés –, les amateurs enchainent les sauts jusqu’à dix mètres de hauteur. « Ils peuvent tirer des bords de 2 kilomètres sans avoir à faire demi-tour », promet le moniteur Olivier Négrel. Impossible et interdit dans le lagon réunionnais, où il faut se contenter du tranquille paddle… Reste la plongée sous-marine : les pratiquants en bouteille ne se font pas attaquer. « On ne voit jamais de requins », assure un moniteur de Saint-Leu, l’un des meilleurs spots de La Réunion. Sur le tombant de la barrière de corail, le spectacle est aussi grandiose qu’à Maurice !

Résultat : Ile Maurice 10 / La Réunion 6

Plages

Maurice est surnommée, non sans raison, « l’île-plage ». Une barrière de corail protège l’ensemble de son littoral, où les cocotiers et les filaos poussent sur un sable blanc des plus fins. Tous les hôtels ou presque ont privatisé des portions de plage et servent, le soir, des cocktails aux flambeaux, ou vous transportent sur des îles paradisiaques. Pour rencontrer des Mauriciens plutôt que d’autres touristes, mieux vaut bronzer sur les plages publiques, comme Grand Baie, Trou aux Biches ou encore la superbe baie de Pereybère.

Mais la Réunion a aussi 26 kilomètres de lagon, parfaitement sûrs, dont les poissons et les « patates » de corail dépassent en beauté le lagon souvent mort de Maurice. En revanche, le sable y est plus grossier et les « concombres de mer » et débris de coraux gênent la mise à l’eau. « Si on ratisse le sable et qu’on enterre les coraux, la réserve naturelle marine nous met une amende », rouspète un hôtelier de Saint-Gilles, qui tente malgré tout de placer ses transats sur un sable tamisé.

Résultat: Ile Maurice 10 / La Réunion 7

Gastronomie

Depuis quinze ans, Maurice s’est ouvert à la gastronomie en faisant venir des chefs de France, puis d’Inde et de Chine. À la table du Mondésir, le restaurant boisé du Maritim, un cinq étoiles au Nord-Ouest de l’île, Éric Poutot promeut « le slow cooking, pour préserver les saveurs » du bœuf de Kobé, des minilégumes de Rungis, des truffes de Florence ou encore du caviar d’Aquitaine… Le Français, passé par la Turquie, l’Égypte ou encore les Maldives, gère une brigade de 80 personnes ! Au Palm, l’une des bonnes tables de la Réunion, à Petite-Île, le chef Fabien Guillaume glisse lui aussi « une touche créole » dans sa carte. Un millefeuilles de foie gras, de thon mi-cuit et de palmiste fumé, un pigeon à la betterave et au goyavier, un dessert à la citrouille et à l’émulsion de citron vert l’attestent avec brio. À ce niveau de gastronomie, les deux îles rivalisent d’audace et d’inventivité. En revanche, pour les repas de tous les jours, la Réunion l’emporte : les barquettes de caris, du cabri massalé au rougail saucisses, proposent une palette culinaire plus large que les dhall poori et vindaye indiens de l’île sœur.

Résultat : Ile Maurice 7 / La Réunion 9

Interculturalité

Lors du Maha Shivaratree, la plus importante fête hindouiste de Maurice, des dizaines de milliers de pèlerins se rendent à Grand Bassin en tirant des kanwars, chariots colorés où trônent Shiva et Ganesh. Une fois arrivés au lac sacré, ils en ramènent une bouteille d’eau considérée comme « un jaillissement du Gange ». Le spectacle est saisissant et pourtant, sans doute en raison des bouchons qui congestionnent alors les routes, il est ignoré des touristes. À la Réunion, au contraire, le Dipavali, autre célébration hindouiste, est à la fois une fête religieuse et un spectacle culturel. À Saint-André ou à Saint-Pierre, des milliers de touristes admirent les défilés de chars et les danses indiennes. Les marches sur le feu et autres Cavadees sont des occasions de présenter au grand public la culture tamoule. L’islam ? L’imam de la mosquée verte et blanche de Saint-Denis ouvre volontiers les grandes portes en bois du lieu de culte. L’office de tourisme du Beau Pays propose de la même façon une visite de la cathédrale, rue de Paris. Les Réunionnais ont bien compris que leur vivre ensemble multiculturel était un atout touristique.

Résultat : Maurice 6, la Réunion 10

Résultat final : ex-aequo !

Avec chacune 64 points sur un maximum possible de 80, soit une note moyenne de 8/10, la Réunion et l’Ile Maurice jouent dans la cour des grandes destinations touristiques. Chacune corrige peu à peu ses points faibles - la mer et le confort à la Réunion, le plein air et l’âme créole à Maurice – ce qui rend difficile de les départager. Au final, tout dépend de l’attente du touriste. S’il cherche à se reposer et à goûter au luxe, l’île sœur est imbattable, avec la possibilité d’organiser deux ou trois activités durant le séjour ; s’il veut découvrir des paysages étonnants et se donner des frissons, l’île intense est incontournable, avant de reprendre son souffle dans un gîte de charme, voire une villa de luxe comme la Réunion en propose désormais.

Maurice développe les boutik-hôtels, comme le 21° Sud à Grand-Baie.

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Le parapente à la Réunion attire des milliers de touristes, confirmés ou non.

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À l'hôtel Maritim, à Maurice, il est possible de pratiquer l'équitation sur la plage... comme à la Réunion.

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Maurice est devenu un spot mondial de kite-surf. Ici, au Blue Marine Attitude, à Anse aux Raies.

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La Réunion ne compte que deux hôtels 5*, comme le Palm à Petite Île.

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Rien ne peut égaler le Piton de la Fournaise, qui entre en éruption presque chaque année à la Réunion.

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